Verhaeren

Les Flamandes


Art flamand


 
 

I


 
Art flamand, tu les connus, toi,
Et tu les aimas bien, les gouges
Au torse épais, aux tétons rouges ;
Tes plus fiers chefs-d’œuvre en font foi.
 
Que tu peignes reines, déesses,
Ou nymphes émergeant des flots
Par troupes, en roses îlots,
Ou sirènes enchanteresses,
 
Ou femelles aux contours pleins,
Symbolisant les saisons belles,
Grand art des maîtres, ce sont elles.
Ce sont les gouges que tu peins.
 
Et pour les créer grasses, nues,
Toutes charnelles, ton pinceau
Faisait rougeoyer sous leur peau,
Un feu de couleurs inconnues.
 
Elles flamboyaient de tons clairs,
Leurs yeux s’allumaient aux étoiles,
Et leurs poitrines sur tes toiles,
Formaient de gros bouquets de chairs.
 
Les Sylvains rôdaient autour d’elles,
Ils se roulaient, suant d’amour,
Dans les broussailles d’alentour,
Et les fourrés pleins de bruits d’ailes,
 
Ils amusaient par leur laideur,
Leurs yeux, points ignés, trouant l’ombre,
Illuminaient dans un coin sombre
Leurs sourires, gras d’impudeur.
 
Ces chiens en rut cherchaient des lices ;
Elles, du moins pour le moment,
Se défendaient frileusement,
En resserrant un peu les cuisses.
 
Et telles, plus folles encor,
Arrondissant leurs hanches nues,
Et leurs belles croupes charnues,
Où cascadaient leurs cheveux d’or,
 
Les invitaient aux assauts rudes,
Les excitaient à tout oser,
Bien que pour le premier baiser
Ces gouges-là fissent les prudes.
 
 
 

II


 
Vous conceviez, maîtres vantés,
Avec de larges opulences,
Avec de rouges violences,
Les corps charnus de vos beautés.
 
Des femmes blanches et moroses
Ne miraient pas dans vos tableaux, —
Comme la lune au fond des eaux,
Son étisie et ses chloroses —
 
Leurs fronts tristes comme les soirs,
Comme les dolentes musiques,
Leurs yeux malades de phtisiques,
Où micassent les désespoirs.
 
Leurs grâces fausses et gommées,
S’alanguissant sur les sofas,
Dans des peignoirs en taffetas
Et des chemises parfumées.
 
Vos pinceaux ignoraient le fard,
Les indécences, les malices
Et les sous-entendus de vices,
Qui clignent de l’œil dans notre art,
 
Et les Vénus de colportage,
Les rideaux à demi tirés,
Les coins de chair moitié montrés
Dans les nids du décolletage,
 
Les sujets vifs, les sujets mous,
Les Cythères des bergeries,
Les pâmoisons, les hystéries,
L’alcôve — Vos femmes à vous,
 
Dans la splendeur des paysages,
Et des palais, lambrissés d’or,
Dans la pourpre et dans le décor
Somptueux des anciens âges,
 
Vos femmes suaient la santé,
Rouge de sang, blanche de graisse ;
Elles menaient les ruts en laisse
Avec des airs de royauté.
 

Commentaire (s)
Votre commentaire :
Nom : *
eMail : * *
Site Web :
Commentaire * :
pèRE des miséRablEs : *
* Information requise.   * Cette adresse ne sera pas publiée.
 


Mon florilège

(Tоuriste)

(Les textes et les auteurs que vous aurez notés apparaîtront dans cette zone.)

Compte lecteur

Se connecter

Créer un compte

Agora

Évаluations récеntes
☆ ☆ ☆ ☆ ☆

Βаudеlаirе : Βоhémiеns еn vоуаgе

Ρеllеrin : Lа Ρеtitе Βеrgèrе

Sсаrrоn : Épitrе à Μоnsiеur Sаrаzin

Vеrlаinе : Τаntаlizеd

Vеrlаinе : Lеs Ιndоlеnts

Μаuсlаir : Légеndе : «Ιls l’оnt сlоuéе pаr lеs mаins...»

Vеrlаinе : Соllоquе sеntimеntаl

Βаnvillе : «Sсulptеur, сhеrсhе аvес sоin...»

☆ ☆ ☆ ☆

Lе Βrаz : Νосturnе

Βаudеlаirе : «Τu mеttrаis l’univеrs еntiеr dаns tа ruеllе...»

Jаmmеs : Lе sоlеil fаisаit luirе

Vеrlаinе : Lе Ρоètе еt lа Μusе

Lаutréаmоnt : «Jе сhеrсhаis unе âmе qui mе rеssеmblât...»

Βаudеlаirе : Lа Vоiх

Frаnс-Νоhаin : Sоlliсitudеs

Cоmmеntaires récеnts

De Сосhоnfuсius sur Βоhémiеns еn vоуаgе (Βаudеlаirе)

De Сосhоnfuсius sur Lе Vin pеrdu (Vаlérу)

De Сосhоnfuсius sur Ρеtitеs bоuсhеs (Αutrаn)

De Ρiеrrе Lаmу sur Sisinа (Βаudеlаirе)

De Ρiеrrе Lаmу sur Μа Βоhèmе (Rimbаud)

De Ρiеrrе Lаmу sur Sоnnеt аu Lесtеur (Μussеt)

De Τhundеrbird sur Sur un tоmbеаu (Τristаn L'Hеrmitе)

De Сurаrе- sur Сirсоnspесtiоn (Vеrlаinе)

De Jаdis sur Sоlitudе (Siеfеrt)

De Сurаrе- sur Τhérаpеutiquе (Μénаrd)

De Jаdis sur Соmpаrаisоn du Ρhéniх (Jаmуn)

De Jаdis sur Stаnсеs sur mоn јаrdin dе Βоuсhеrvillе (Quеsnеl)

De Εsprit dе сеllе sur Ρоur un аmi (Sаintе-Βеuvе)

De Lеwis Ρ. Shаnks sur Lе Μаuvаis Μоinе (Βаudеlаirе)

De Τhundеrbird sur L’Éсlаtаntе viсtоirе dе Sаrrеbruсk (Rimbаud)

De Сurаrе- sur «Εllе а bеаuсоup dе l’аir d’unе аntiquе mаrоttе...» (Sigоgnе)

De Vinсеnt sur «Соmmе un соrps féminin...» (Ρаpillоn dе Lаsphrisе)

De Élеvеur sur Sоnnеt : «Ιl у а dеs mоmеnts оù lеs fеmmеs sоnt flеurs...» (Сrоs)

De Quеlсаin sur «Dаphné sе vit еn lаuriеr соnvеrtiе...» (Sсаliоn dе Virblunеаu)

De Ρlutоrquе sur «J’еntrаis сhеz lе mаrсhаnd dе mеublеs, еt là, tristе...» (Νоuvеаu)

De Εsprit dе сеllе sur «Τоn оrguеil pеut durеr аu plus dеuх оu trоis аns...» (Viаu)

Plus de commentaires...

Flux RSS...

Ce site

Présеntаtion

Acсuеil

À prоpos

Cоntact

Signaler une errеur

Un pеtit mоt ?

Sоutien

Fаirе un dоn

Librairiе pоétique en lignе