Verlaine

Poèmes saturniens, 1866


Après trois ans


 
Ayant poussé la porte étroite qui chancelle,
Je me suis promené dans le petit jardin
Qu’éclairait doucement le soleil du matin,
Pailletant chaque fleur d’une humide étincelle.
 
Rien n’a changé. J’ai tout revu : l’humble tonnelle
De vigne folle avec les chaises de rotin...
Le jet d’eau fait toujours son murmure argentin
Et le vieux tremble sa plainte sempiternelle.
 
Les roses comme avant palpitent ; comme avant,
Les grands lys orgueilleux se balancent au vent.
Chaque alouette qui va et vient m’est connue.
 
Même j’ai retrouvé debout la Velléda
Dont le plâtre s’écaille au bout de l’avenue,
— Grêle, parmi l’odeur fade du réséda.
 

Commentaire(s)
Déposé par Cochonfucius le 2 mai 2014 à 15h45

Sur un air de Verlaine
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Ayant laissé la lionne exquise qui appelle,
Je me suis promené autour d’un grand sapin.
La lionne savourait le soleil du matin,
Sertissant chaque fleur d’une ultime étincelle.

Rien n’a changé. J’ai tout perdu : l’humble chandelle
De vigne folle avec les animaux marins ;
Le mulet fait toujours son murmure mondain
Et le moutardier sa plainte froide et formelle.

Les douves comme avant palpitent ; comme avant,
Les hiboux orgueilleux se soumettent au vent,
Chaque jupette qui va et vient m’est connue.

Hélas, j’ai retrouvé debout le Franz Kafka
Dont l’argent se ternit au bout de l’avenue,
-- Pâle, parmi l’odeur pauvre du catalpa.

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