Verlaine

Amour, 1888


                IV


J’ai la fureur d’aimer. Mon cœur si faible est fou.
N’importe quand, n’importe quel et n’importe où,
Qu’un éclair de beauté, de vertu, de vaillance
Luise, il s’y précipite, il y vole, il s’y lance,
Et, le temps d’une étreinte, il embrasse cent fois
L’être ou l’objet qu’il a poursuivi de son choix ;
Puis, quand l’illusion a replié son aile,
Il revient triste et seul bien souvent, mais fidèle,
Et laissant aux ingrats quelque chose de lui,
Sang ou chair. Mais, sans plus mourir dans son ennui,
Il embarque aussitôt pour l’île des Chimères
Et n’en apporte rien que des larmes amères
Qu’il savoure, et d’affreux désespoirs d’un instant,
Puis rembarque.
                                  — Il est brusque et volontaire tant
Qu’en ses courses dans les infinis il arrive,
Navigateur têtu, qu’il va droit à la rive,
Sans plus s’inquiéter que s’il n’existait pas
De l’écueil proche qui met son esquif à bas.
Mais lui, fait de l’écueil un tremplin et dirige
Sa nage vers le bord. L’y voilà. Le prodige
Serait qu’il n’eût pas fait avidement le tour,
Du matin jusqu’au soir et du soir jusqu’au jour,
Et le tour et le tour encor du promontoire,
Et rien ! Pas d’arbres ni d’herbes, pas d’eau pour boire,
La faim, la soif, et les yeux brûlés du soleil,
Et nul vestige humain, et pas un cœur pareil !
Non pas à lui, — jamais il n’aura son semblable —
Mais un cœur d’homme, un cœur vivant, un cœur palpable,
Fût-il faux, fût-il lâche, un cœur ! quoi, pas un cœur !
Il attendra, sans rien perdre de sa vigueur
Que la fièvre soutient et l’amour encourage,
Qu’un bateau montre un bout de mât dans ce parage,
Et fera des signaux qui seront aperçus,
Tel il raisonne. Et puis fiez-vous là-dessus ! —
Un jour il restera non vu, l’étrange apôtre.
Mais que lui fait la mort, sinon celle d’un autre ?
Ah, ses morts ! Ah, ses morts, mais il est plus mort qu’eux !
Quelque fibre toujours de son esprit fougueux
Vit dans leur fosse et puise une tristesse douce ;
Il les aime comme un oiseau son nid de mousse ;
Leur mémoire est son cher oreiller, il y dort,
Il rêve d’eux, les voit, cause avec et n’en sort
Plein d’eux, que pour encor quelque effrayante affaire.
J’ai la fureur d’aimer. Qu’y faire ? Ah, laisser faire !

Commentaire(s)
Votre commentaire :
Nom : *
eMail : * *
URL :
Commentaire * :
pèRE des miséRablEs : *
* Saisie requise.
* Cette adresse ne sera pas publiée et ne sera utilisée que pour communiquer avec vous en cas de souci.
 

Mon florilège

(Tоuriste)

(Les textes et les auteurs que vous aurez notés apparaîtront dans cette zone.)

Compte lecteur

Se connecter

Créer un compte

Agora

Évаluations récеntes
☆ ☆ ☆ ☆ ☆

Fоrt : Соnvоi dе Ρаul Vеrlаinе аprès un tоurbillоn dе nеigе

Vаuсаirе : Соnsеils à mа pеtitе аmiе

Sаmаin : Unе

Vаlérу : Lе Суgnе

Dubus : Μаdrigаl

Vаlérу : Lе Суgnе

Lоuÿs : Sеin dе brаnléе

Βаudеlаirе : Sеd nоn sаtiаtа

Сrоs : Lа Сhаnsоn dеs Hуdrоpаthеs

Βrinn’Gаubаst : Μаtin d’ivrеssе

☆ ☆ ☆ ☆

Rоllinаt : Sоnnеt à lа nuit

Vаlérу : Lе Βеаu Dimаnсhе

Βruаnt : Fаntаisiе tristе

Αutrаn : Lе Ρrintеmps du сritiquе

Vаlmоrе : Αdiеu à l’еnfаnсе

Rоnsаrd : «Yеuх, qui vеrsеz еn l’âmе, аinsi quе dеuх Ρlаnètеs...»

Vеrhаеrеn : «Lе sоir tоmbе, lа lunе еst d’оr...»

Vаuсаirе : Répétitiоn

Βrinn’Gаubаst : Dеvаnt lа Μоrt

Βrinn’Gаubаst : Εstо vir

Cоmmеntaires récеnts

De Сосhоnfuсius sur «Ρаr аrmеs еt vаissеаuх Rоmе dоmptа lе mоndе...» (Du Βеllау)

De Сосhоnfuсius sur L’Οrguе (Сrоs)

De Сосhоnfuсius sur «Τоut s’еnflе соntrе mоi, tоut m’аssаut, tоut mе tеntе...» (Spоndе)

De Ρiеrrоt sur Sоnnеt à lа nuit (Rоllinаt)

De Ρеrvеrs nаrсissе sur «Ρuisquе lеs сhаmps јоuissеnt dе mа bеllе...» (Τоurs)

De Vinсеnt sur «Εst-il riеn dе plus vаin qu’un sоngе mеnsоngеr...» (Сhаssignеt)

De Vinсеnt sur «Αmоur, је prеnds соngé dе tа mеntеusе éсоlе...» (Rоnsаrd)

De ΒiΒ lа bаlеinе sur «Quаnd је tе vis еntrе un milliеr dе Dаmеs...» (Βаïf)

De Сhristiаn sur Lеs Ρоrсs (Vеrhаеrеn)

De Сrаpаudinе sur Splееn : «Μеs intimеs dоulеurs...» (Ο'Νеddу)

De Αmаndinе ΟZΑUR sur Sоnnеt fоutаtif (Lе Ρеtit)

De Vinсеnt sur Désir d’оisеаu (Βrinn'Gаubаst)

De Сurаrе- sur Βrеtаgnе еst univеrs (Sаint-Ρоl-Rоuх)

De Сurаrе- sur «Αimе, si tu lе vеuх, је nе l’еmpêсhе pаs...» (Viоn Dаlibrау)

De Sаudаdе sur Εl Dеsdiсhаdо (Νеrvаl)

De Αmаndinе ΟZΑUR sur À Сhаrlеs dе Sivrу (Vеrlаinе)

De riс(h)аrd sur Lеs Соnquérаnts (Hеrеdiа)

De Сhristiаn sur Un début (Αutrаn)

De Frаnçоis Соppéе sur Lе Соup dе mаrtеаu (Соurtеlinе)

De Gеоrgеs Соurtеlinе sur Lе Соup dе tаmpоn (Соppéе)

De Τоtо28 sur Βibliоthèquеs (Αutrаn)

Plus de commentaires...

Flux RSS...

Ce site

Présеntаtion

Acсuеil

À prоpos

Cоntact

Signaler une errеur

Un pеtit mоt ?

Sоutien

Fаirе un dоn

Librairiе pоétique en lignе