Villon

Le Testament, 1461



 
116
 
Item, veuil que le jeune Merle
Désormais gouverne mon change,
(Car de changer envis me mêle),
Pourvu que toujours baille en change,
Soit à privé, soit à étrange,
Pour trois écus six brettes targes,
Pour deux angelots un grand ange :
Car amants doivent être larges.
 
117
 
Item, et j’ai su ce voyage
Que mes trois pauvres orphelins
Sont crûs et deviennent en âge,
Et n’ont pas têtes de bêlins
Et qu’enfants d’ici à Salins
N’a mieux sachant leur tour d’école ;
Or, par l’Ordre des Mathelins,
Telle jeunesse n’est pas folle.
 
118
 
Si veuil qu’ils voisent à l’étude ;
Où ? sur maître Pierre Richer.
Le Donat est pour eux trop rude :
Jà ne les y veuil empêcher.
Ils sauront (je l’aime plus cher) :
Ave salus, tibi decus,
Sans plus grands lettres enchercher :
Toujours n’ont pas clercs l’au-dessus.
 
119
 
Ceci étudiënt, et ho !
Plus procéder je leur défends.
Quant d’entendre le grand Credo,
Trop forte elle est pour tels enfants.
Mon long tabart en long je fends :
Si veuil que la moitié s’en vende
Pour eux en acheter des flans,
Car jeunesse est un peu friande.
 
120
 
Et veuil qu’ils soyent informés
En mœurs, quoi que coûte batture ;
Chaperons auront enformés,
Et les pouces sur la ceinture ;
Humbles à toute créature ;
Disant : « Han ? Quoi ? Il n’en est rien ! »
Si diront gens, par aventure :
« Voici enfants de lieu de bien ! »
 
121
 
Item, à mes pauvres clergeons,
Auxquels mes titres résignai,
Beaux enfants et droits comme joncs,
Les voyant, m’en dessaisinai,
Cens recevoir leur assignai,
Sûr comme qui l’aurait en paume,
À un certain jour consigné,
Sur l’hôtel de Gueuldry Guillaume.
 
122
 
Quoique jeunes et ébattants
Soyent, en rien ne me déplaît ;
Dedans trente ans ou quarante ans,
Bien autres seront, si Dieu plaît.
Il fait mal qui ne leur complaît,
Ils sont très beaux enfants et gents ;
Et qui les bat në fiert, fol est,
Car enfants si deviennent gens.
 
123
 
Les bourses des Dix-et-huit clercs
Auront ; je m’y veuil travailler :
Pas ils ne dorment comme loirs,
Qui trois mois sont sans réveiller.
Au fort, triste est le sommeiller
Qui fait aise jeune en jeunesse,
Tant qu’en fin lui faille veiller
Quand reposer dût en vieillesse.
 
124
 
Si en récris au collateur
Lettres semblables et pareilles :
Or priënt pour leur bienfaiteur
Ou qu’on leur tire les oreilles.
Aucunes gens ont grands merveilles
Que tant m’encline vers ces deux ;
Mais, foi que dois fêtes et veilles,
Oncques ne vis les mères d’eux !
 
125
 
Item, donne à Michaut Cul d’Oue
Et à sire Charlot Taranne,
Cent sols (s’ils demandent : « Pris où ? »
Ne leur chaille, ils viendront de manne )
Et unes houses de basane,
Autant empeigne que semelle ;
Pourvu qu’ils me salueront Jeanne
Et autant une autre comme elle.
 
126
 
Item, au seigneur de Grigny,
Auquel jadis laissai Vicêtre,
Je donne la tour de Billy,
Pourvu (s’huis y a në fenêtre
Qui soit në debout në en être)
Qu’il mette très bien tout à point.
Fasse argent à dêtre et senêtre ;
Il m’en faut et il n’en a point.
 
137
 
Item, à Thibaud de la Garde :
Thibaud ? Je mens, il a nom Jean ;
Que lui donrai-je, que ne perde?
(Assez ai perdu tout cet an.
Dieu y veuille pourvoir, Amen !)
Le Barrillet, par m’âme, voire !
Genevois est plus ancien
Et plus beau nez a pour y boire.
 
128
 
Item, je donne à Basanier,
Notaire et greffier criminel,
De girofle plein un panier
Pris sur maître Jean de Ruel.
Tant à Mautaint, tant à Rosnel ;
Et, avec ce don de girofle,
Servir de cœur gent et isnel
Le seigneur qui sert saint Christofle,
 
129
 
Auquel cette ballade donne
Pour sa dame, qui tous biens a.
S’Amour ainsi tous ne guerdonne,
Je ne m’ébahis de cela ;
Car au Pas conquêter l’alla,
Que tint Reigner, roi de Sicile,
Où si bien fit et peu parla
Qu’oncques Hector fit në Troïle.
 

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