Renée Vivien

À l’heure des mains jointes, 1906


Intérieur


 
Dans mon âme a fleuri le miracle des roses.
Pour le mettre à l’abri, tenons les portes closes.
 
Je défends mon bonheur, comme on fait des trésors,
Contre les regards durs et les bruits du dehors.
 
Les rideaux sont tirés sur l’odorant silence
Où l’heure au cours égal coule avec nonchalance.
 
Aucun souffle ne fait trembler le mimosa
Sur lequel, en chantant, un vol d’oiseaux pesa.
 
Notre chambre paraît un jardin immobile
Où des parfums errants viennent trouver asile.
 
Mon existence est comme un voyage accompli.
C’est le calme, c’est le refuge, c’est l’oubli.
 
Pour garder cette paix faite de lueurs roses,
Ô ma Sérénité ! tenons les portes closes.
 
La lampe veille sur les livres endormis,
Et le feu danse, et les meubles sont nos amis.
 
Je ne sais plus l’aspect glacial de la rue
Où chacun passe, avec une hâte recrue.
 
Je ne sais plus si l’on médit de nous, ni si
L’on parle encor... les mots ne font plus mal ici.
 
Tes cheveux sont plus beaux qu’une forêt d’automne,
Et ton art soucieux les tresse et les ordonne.
 
Oui, les chuchotements ont perdu leur venin,
Et la haine d’autrui n’est plus qu’un mal bénin.
 
Ta robe verte a des frissons d’herbes sauvages,
Mon amie, et tes yeux sont pleins de paysages.
 
Qui viendrait, nous troubler, nous qui sommes si loin
Des hommes ? deux enfants oubliés dans un coin ?
 
Loin des pavés houleux où se fanent les roses,
Où s’éraillent les chants, tenons les portes closes....
 

Commentaire(s)
Déposé par Cochonfucius le 12 janvier 2014 à 11h09

Autre hommage au maître Angelus Silesius
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Ne cherche plus, penseur, le pourquoi de la rose,
Car voici bien des jours que la question est close.

Si, sur ton long chemin, tu portes un trésor,
Donne à son emballage un modeste dehors.

Apprends à savourer la douceur du silence :
Cultive, pour cela, la douce nonchalance.

Apprends à délaisser ce qui est accompli,
Plus fort que la mémoire est bien souvent l’oubli.

Ne plains pas, sur le sol, les feuillages d’automne :
Car ils ont accompli ce que Nature ordonne.

Ne regrette jamais que tes amis soient loin,
Si en esprit, parfois, le soir, tu les rejoins.

Ce monde offre partout d’étonnants paysages,
Apprends à les goûter, comme un enfant sauvage.

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