Pensée en mer

Le bateau fait sa route entre les îles ; la mer est si calme qu’on dirait qu’elle n’existe pas. Il est onze heures du matin, et l’on ne sait s’il pleut ou non.

 

La pensée du voyageur se reporte à l’année précédente. Il revoit sa traversée de l’Océan dans la nuit et la rafale, les ports, les gares, l’arrivée le dimanche gras, le roulement vers la maison, tandis que d’un œil froid il considérait au travers de la glace souillée de boue les fêtes hideuses de la foule. On allait lui remontrer les parents, les amis, les lieux, et puis il faut de nouveau partir. Amère entrevue ! comme s’il était permis à quelqu’un d’étreindre son passé.

[...]

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Libation au jour futur

Je suis monté au plus haut de la montagne pour porter mon toast au jour futur — (au jour nouveau, à celui qui viendra, il succède à cette nuit même peut-être). Jusqu’au plus haut de la montagne, avec cette coupe de glace qu’elle porte aux lèvres de l’Aurore ! Je suis dedans tout nu ; elle était si pleine qu’en y entrant j’ai fait crouler l’eau comme une cataracte. Je danse dans l’ébullition de la source comme un grain de raisin dans une coupe de Champagne. Je ne distingue pas cette couche jaillissante que je pétris du ventre et des genoux du gouffre d’air dont me sépare le bord mince : au-dessous de moi surgit l’aigle criard. Belle Aurore ! d’un trait tu es ici de la mer là-bas entre les îles ! Bois, que je ressente jusqu’aux plantes dans le sein de cette liqueur où je suis enfoncé l’ébranlement de ta lèvre qui s’y trempe. Que le soleil se lève ! que je voie l’ombre légère de mon corps suspendu se peindre sous moi sur le sable de la piscine entouré de l’iris aux sept couleurs !
[...]

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Le Contemplateur

Ai-je jamais habité ailleurs que ce gouffre rond creusé au cœur de la pierre ? Un corbeau, sans doute, à trois heures, ne manquera pas de m’apporter le pain qui m’est nécessaire, à moins que le bruit perpétuel de l’eau qui se précipite ne me repaisse assez. Car là-haut, à cent pieds, comme si elle jaillissait de ce ciel radieux lui-même avec violence, entre les bambous qui le fourrent, franchissant le bord inopiné, le torrent s’engloutit et d’une colonne verticale, moitié obscure et moitié lumineuse, frappe, assénant un coup, le parquet de la caverne qui tonne. Nul œil humain ne saurait me découvrir où je suis ; dans ces ombres que midi seul dissipe, la grève de ce petit lac qu’agite le bond éternel de la cascade est ma résidence. Là-haut, à cet échancrement qu’elle dépasse d’un flot intarissable, cette goulée d’eau rayonnante et de lait est tout cela qui, par un chemin direct, m’arrive du ciel munificent. Le ruisseau fuit par ce détour, et parfois, avec les cris des oiseaux dans la forêt, j’entends, parmi la voix de ce jaillissement où j’assiste, derrière moi le bruit volubile et perdu des eaux qui descendent vers la terre.
[...]

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Tempête

Au matin, laissant une terre couleur de rose et de miel, notre navire entre dans la haute mer et les fumées de vapeurs basses et molles. Quand — m’étant éveillé de ce sombre songe, — je cherche le soleil, je vois derrière nous qu’il se couche : mais au devant de nous, limitant l’espace noir et mort de la mer, un long mont, tel qu’un talus de neige, barre, d’un bout à l’autre du ciel, le Nord ; rien ne manque à l’Alpe, ni l’hiver, ni la rigidité. Seul au milieu de la solitude, comme un combattant qui s’avance dans l’énorme arène, notre navire vers l’obstacle blanc qui grandit fend les eaux mélancoliques. Et tout à coup la nuée, comme une capote de voiture que l’on tire, nous dérobe le ciel : dans cette fente de jour qu’elle laisse à l’horizon postérieur, d’un regard je veux voir encore l’apparence du soleil, des îles éclairées comme d’un feu de lampe, trois jonques debout sur l’arête extrême de la mer. Nous fonçons maintenant au travers du cirque ravagé des nuages. La plaine oscille, et, selon le propre mouvement de l’abîme où participe notre planche, la proue, solennellement comme si elle saluait, ou comme un coq qui mesure l’adversaire, se lève et plonge. Voici la nuit ; du Nord avec âpreté sort un souffle plein d’horreur. D’une part, une lune rouge en marche par la nue désordonnée la fend d’un tranchant lenticulaire ; de l’autre Fanal la lampe au visage convexe de verre ridé est hissée à notre misaine. Cependant tout est calme encore ; la gerbe d’eau jaillit toujours devant nous avec égalité, et, traversée d’un feu obscur, comme un corps fait de larmes, se roule en ruisselant sur notre taillemer.
[...]

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