Ruses du démon pour ravoir sa proie

Le quai sombre, en triangle de donjon, hérissé de platanes l’hiver, squelettes trop jolis sur l’échancrure du ciel. À l’auberge vivait avec nous une femme belle, mais plate, qui cachait ses cheveux sous une perruque ou du satin noir. Un jour, au-dessus du granit, elle m’apparut au plein soleil de la mer : trop grande — comme les rochers du coin — elle mettait sa chemise, je vis que c’était un homme et je le dis. La nuit sur une espèce de quai londonien j’en fus châtié : éviter le coup de couteau à la face ! se faire abîmer le pouce ! riposter par un poignard dans la poitrine à la hauteur de l’omoplate. L’Hermaphrodite n’était pas mort. Au secours ! au secours ! on arrive... des hommes, que sais-je ? ma mère ! et je revois la chambre d’auberge sans serrure aux portes : il y avait, Dieu merci, des crochets mais quelle malignité a l’hermaphrodite : une ouverture du grenier, un volet blanc remue et l’hermaphrodite descend par là.
[...]

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Voisinage

La porte s’ouvre ! on parle ! il n’y a personne ! je sens qu’il y a là quelqu’un. J’allume la lampe et le mur s’anime ; chaque fleur du papier a du sang sur les ailes, chaque animal a du sang sur ses pétales. Tout cela s’anime et s’avance, tout vient au milieu du tapis ; et le crépuscule de la cheminée est un cône. Dans quel état mon domestique me trouvera-t-il demain ! Mes doigts qui tâtonnent dans l’ombre ont rencontré le coin du lit, le lit sauveur s’il ne m’emporte, s’il ne m’emporte ailleurs ! Or on ne retrouva plus le couché mais à sa place une bête visqueuse.
[...]

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Fausses nouvelles ! Fosses nouvelles !

À une représentation de « Pour la Couronne », à l’Opéra, quand Desdémone chante « Mon père est à Goritz et mon cœur à Paris », on a entendu un coup de feu dans une loge de cinquième galerie, puis un second aux fauteuils et instantanément des échelles de cordes se sont déroulées ; un homme a voulu descendre des combles : une balle l’a arrêté à la hauteur du balcon. Tous les spectateurs étaient armés et il s’est trouvé que la salle n’était pleine que de... et de... Alors, il y a eu des assassinats du voisin, des jets de pétrole enflammé. Il y a eu des sièges de loges, le siège de la scène, le siège d’un strapontin et cette bataille a duré dix-huit jours. On a peut-être ravitaillé les deux camps, je ne sais, mais ce que je sais fort bien, c’est que les journalistes sont venus pour un si horrible spectacle, que l’un d’eux étant souffrant, y a envoyé madame sa mère et que celle-ci a été beaucoup intéressée par le sang-froid d’une jeune gentilhomme français qui a tenu dix-huit jours dans une avant-scène sans rien prendre qu’un peu de bouillon. Cet épisode de la guerre des Balcons a beaucoup fait pour les engagements volontaires en province. Et je sais, au bord de ma rivière, sous mes arbres, trois frères en uniformes tout neufs qui se sont embrassés les yeux secs, tandis que leurs familles cherchaient des tricots dans les armoires des mansardes.
[...]

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La Jeune Veuve

La jeune veuve s’est couchée sur le lit où était le mort et on ne peut l’enlever de là. C’est là qu’elle veut dormir et elle ne permet pas qu’on change les draps.

Elle repousse ses enfants, elle laisse ses cheveux sans coiffe et sans dessous de coiffe.

Trois jours elle reste sans nourriture ; trois jours elle reste sans quitter ses hardes. Il faut que le curé et les voisins s’occupent des enfants et de la maison.

[...]

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Commentaire (s)
Déposé par René Guy Cadou le 14 avril 2014 à 08h47

CORNET D’ADIEU

Jésus a dit
« Il n’y aura pas de printemps cette année
Parce que Max s’en est allé
Emportant les chevaux les vergers et les ailes
Parce que sur la croix le bon Saint Matorel
A lâché les oiseaux vers un pays glacé »
Et c’est vrai. Les bourgeons se taisent. Les poitrines
Voient se faner leurs seins. Tout au fond des vitrines
Une enfance à genoux se suicide et le ciel
Épuise en un regard ses réserves de miel
Il fait froid maintenant que tu n’es plus
Beau masque de douleur
Maintenant que tes mains ont trouvé sous la terre
Enfin le battement initial de ton cœur
J’entends ta voix pareille aux chants du monastère
Et tandis qu’on te fait place dans la lumière
Les hommes prient pour toi à Saint-Benoît-sur-Loire
Tu étais sur tous les quais de toutes les foires
Au pain d’épice
On te trouvait dans les coulisses
Des bals champêtres
Tu discutais avec les prêtres
Souvent tu m’écrivais et c’était chaque fois
Des bavardages de bergères et de rois
Tu m’écriras encore
J’attends tes reportages sur la mort
Le Nom vernal
Ô Max

Et l’élixir du laboratoire central
J’attends que soit connue la décision de l’ange
Que Dieu prenne parti pour toi et qu’il t’arrange
Une vie dans le cœur de tes amis natals.

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