Max Jacob(1876-1944) Tous ses poèmes disponiblesPoèmes par ordre alphabétique
Le Centaure Certains dédains et pas les autres
La Dame aveugle Le Départ Les Deux Sœurs
Établissement d’une communauté au Brésil
Fausses nouvelles ! Fosses nouvelles ! La Fille du Roi
Gentil Quimper, le nid de mon enfance... La Guerre
Il se peut qu’un rêve étrange...
La Jeune Veuve
Lorsque l’empereur qui devait renoncer à la souveraineté...
Petite ville anglaise le dimanche Le Petit Paysan
La Rue Ravignan Ruses du démon pour ravoir sa proie
La Saltimbanque en wagon de 3e classe
![]() |
![]()
Tout avait l’air en mosaïque : les animaux marchaient les pattes vers le ciel sauf l’âne dont le ventre blanc portait des mots écrits et qui changeaient. La tour était une jumelle de théâtre ; il y avait des tapisseries dorées avec des vaches noires ; et la petite princesse en robe noire, on ne savait pas si sa robe avait des soleils verts ou si on la voyait par des trous de haillons.
Le cheval respire avec peine : la drogue qu’il reçut pour lui donner du zèle a trahi le projet ! et les idoles au faîte des monts ne paraissent pas encore. L’homme insensé piquait les flancs de son cheval et l’univers n’était pas plus grand qu’une calebasse. L’étendard de fumée marquait le sol natal. Reculer ? jamais on n’est sorti d’ici. Plus avant ? hélas ! le cheval va mourir sur place. Mais voici qu’on entend des musiques dans l’air, c’est comme si l’on grillait de l’idéal. Le printemps joue aux boules avec des arbres verts, et quarante poulains sont vomis par le val.
Jamais je n’en sortirai : je cours dire au revoir à ma tante, je trouve la famille sous la lampe ; on me retient pour mille recommandations, ma valise est faite, mais mon complet est encore chez le teinturier, j’arrive chez le teinturier : j’ai de la peine à reconnaître mon costume : ce n’est pas mon costume, on l’a changé ! non, c’est lui, mais affreusement gonflé, mutilé, tiré, recousu, bordé de noir. Dehors, dans la rue, deux délicieuses Bretonnes rient près d’une charrette de linge : que n’ai-je le temps de les suivre ; bah ! elles prennent dans la nuit le même chemin que moi. Je remarque que les noms des rues ont changé ; il y a maintenant, à Lorient, une rue de « L’Énergie Lyrique ». Quel étonnant conseil municipal peut donner des noms pareils à des rues la nuit. À l’hôtel l’idée me vient de regarder la note du teinturier : 325 francs, on vous l’expédiera. Vais-je devenir fou ? Le café est plein de curieux, je rencontre un peintre de Paris ! que j’ai de peine à m’en débarrasser. Il m’adore ici, bien que nous soyons fâchés ailleurs : je suis si en retard que je renonce à l’embrasser et pas de fiacre ! Pendant qu’on me cherche une voiture, des amis de mon enfance me supplient de m’arrêter au Mans ! non pas au Mans, à Nogent ! non pas à Nogent, parce que nous sommes très mal avec les ... ah ! mon Dieu ! je perds le fil de tout... je finis par enlever une promesse à un camionneur de pianos. Et le teinturier ? me voici dans un costume étrange, en somme assez distingué : cette redingote grise, trop ouverte à cause des excès de lingerie que j’ai sur moi pour alléger ma valise ! Ce chapeau haut de forme, quelle tenue de voyage. Ah ! j’ai oublié de dire au revoir à... Et le teinturier ! J’ai laissé passer l’heure du train, du train unique : tout sera à recommencer demain ! je n’en dormirai pas de la nuit ! Commentaire (s)Déposé par René Guy Cadou le 14 avril 2014 à 08h47CORNET D’ADIEU
Votre commentaire : |
AgoraÉvаluations récеntes☆ ☆ ☆ ☆ ☆☆ ☆ ☆ ☆Cоmmеntaires récеntsDe Βас mаrсеl sur Lеs Gеnêts (Fаbié) De Frаnçоis С. sur «Lе viеrgе, lе vivасе еt lе bеl аuјоurd’hui...» (Μаllаrmé) De nе mbоmа sur Αprès lа сlаssе (Hаrdу) De Jасquеs Rоubаud sur «Οn m’а mis аu соllègе (оh ! lеs pаrеnts, с’еst lâсhе !)...» (Νоuvеаu) De Сеltоmаniаquе sur «Lе miсrоbе : Βоtulinus...» (Τоulеt) De Stеphеn Βiеnаrmé sur Lе Τоmbеаu dе Сhаrlеs Βаudеlаirе (Μаllаrmé) De Jаdis sur «Lе сhеmin qui mènе аuх étоilеs...» (Αpоllinаirе) De Ρаul-Jеаn sur Βаllаdе [dеs dаmеs du tеmps јаdis] (Villоn) De X. sur Splееn : «Τоut m’еnnuiе аuјоurd’hui. J’éсаrtе mоn ridеаu...» (Lаfоrguе) De Lа Μusérаntе sur Αu Саrdinаl Μаzаrin, sur lа Соmédiе dеs mасhinеs (Vоiturе) De Vinсеnt sur Lа Ρrеmièrе Νuit (Lаfоrguе) De Сurаrе- sur Lе Μаrtin-pêсhеur (Rеnаrd) De Сurаrе- sur Sоnnеt sur dеs mоts qui n’оnt pоint dе rimе (Sаint-Αmаnt) De Liоnеl sur Sоnnеt bоuts-rimés (Gаutiеr) De Сосhоnfuсius sur À prоpоs d’un « сеntеnаirе » dе Саldеrоn (Vеrlаinе) De Сосhоnfuсius sur «J’аimе l’аubе аuх piеds nus...» (Sаmаin) De Сосhоnfuсius sur «Quеl hеur, Αnсhisе, à tоi, quаnd Vénus sur lеs bоrds...» (Jоdеllе) De Sullу sur «Quаnd је pоuvаis mе plаindrе еn l’аmоurеuх tоurmеnt...» (Dеspоrtеs) De Jаdis sur Sоnnеt : «Vеnt d’été, tu fаis lеs fеmmеs plus bеllеs...» (Сrоs) De Jаdis sur Саusеriе (Βаudеlаirе) De GΑRΟUX Сhristiаnе sur Virgilе (Βrizеuх) Plus de commentaires...Ce sitePrésеntаtionCоntactSоutien |