Le Départ


 
Adieu l’étang et toutes mes colombes
Dans leur tour et qui mirent gentiment
Leur soyeux plumage au col blanc qui bombe,
              Adieu l’étang.
 
Adieu maison et ses toitures bleues
[...]

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Kaléidoscope

Tout avait l’air en mosaïque : les animaux marchaient les pattes vers le ciel sauf l’âne dont le ventre blanc portait des mots écrits et qui changeaient. La tour était une jumelle de théâtre ; il y avait des tapisseries dorées avec des vaches noires ; et la petite princesse en robe noire, on ne savait pas si sa robe avait des soleils verts ou si on la voyait par des trous de haillons.
[...]

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Un sourire pour cent larmes

Le cheval respire avec peine : la drogue qu’il reçut pour lui donner du zèle a trahi le projet ! et les idoles au faîte des monts ne paraissent pas encore. L’homme insensé piquait les flancs de son cheval et l’univers n’était pas plus grand qu’une calebasse. L’étendard de fumée marquait le sol natal. Reculer ? jamais on n’est sorti d’ici. Plus avant ? hélas ! le cheval va mourir sur place. Mais voici qu’on entend des musiques dans l’air, c’est comme si l’on grillait de l’idéal. Le printemps joue aux boules avec des arbres verts, et quarante poulains sont vomis par le val.
[...]

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Voyages

Jamais je n’en sortirai : je cours dire au revoir à ma tante, je trouve la famille sous la lampe ; on me retient pour mille recommandations, ma valise est faite, mais mon complet est encore chez le teinturier, j’arrive chez le teinturier : j’ai de la peine à reconnaître mon costume : ce n’est pas mon costume, on l’a changé ! non, c’est lui, mais affreusement gonflé, mutilé, tiré, recousu, bordé de noir. Dehors, dans la rue, deux délicieuses Bretonnes rient près d’une charrette de linge : que n’ai-je le temps de les suivre ; bah ! elles prennent dans la nuit le même chemin que moi. Je remarque que les noms des rues ont changé ; il y a maintenant, à Lorient, une rue de « L’Énergie Lyrique ». Quel étonnant conseil municipal peut donner des noms pareils à des rues la nuit. À l’hôtel l’idée me vient de regarder la note du teinturier : 325 francs, on vous l’expédiera. Vais-je devenir fou ? Le café est plein de curieux, je rencontre un peintre de Paris ! que j’ai de peine à m’en débarrasser. Il m’adore ici, bien que nous soyons fâchés ailleurs : je suis si en retard que je renonce à l’embrasser et pas de fiacre ! Pendant qu’on me cherche une voiture, des amis de mon enfance me supplient de m’arrêter au Mans ! non pas au Mans, à Nogent ! non pas à Nogent, parce que nous sommes très mal avec les ... ah ! mon Dieu ! je perds le fil de tout... je finis par enlever une promesse à un camionneur de pianos. Et le teinturier ? me voici dans un costume étrange, en somme assez distingué : cette redingote grise, trop ouverte à cause des excès de lingerie que j’ai sur moi pour alléger ma valise ! Ce chapeau haut de forme, quelle tenue de voyage. Ah ! j’ai oublié de dire au revoir à... Et le teinturier ! J’ai laissé passer l’heure du train, du train unique : tout sera à recommencer demain ! je n’en dormirai pas de la nuit !
[...]

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Commentaire (s)
Déposé par René Guy Cadou le 14 avril 2014 à 08h47

CORNET D’ADIEU

Jésus a dit
« Il n’y aura pas de printemps cette année
Parce que Max s’en est allé
Emportant les chevaux les vergers et les ailes
Parce que sur la croix le bon Saint Matorel
A lâché les oiseaux vers un pays glacé »
Et c’est vrai. Les bourgeons se taisent. Les poitrines
Voient se faner leurs seins. Tout au fond des vitrines
Une enfance à genoux se suicide et le ciel
Épuise en un regard ses réserves de miel
Il fait froid maintenant que tu n’es plus
Beau masque de douleur
Maintenant que tes mains ont trouvé sous la terre
Enfin le battement initial de ton cœur
J’entends ta voix pareille aux chants du monastère
Et tandis qu’on te fait place dans la lumière
Les hommes prient pour toi à Saint-Benoît-sur-Loire
Tu étais sur tous les quais de toutes les foires
Au pain d’épice
On te trouvait dans les coulisses
Des bals champêtres
Tu discutais avec les prêtres
Souvent tu m’écrivais et c’était chaque fois
Des bavardages de bergères et de rois
Tu m’écriras encore
J’attends tes reportages sur la mort
Le Nom vernal
Ô Max

Et l’élixir du laboratoire central
J’attends que soit connue la décision de l’ange
Que Dieu prenne parti pour toi et qu’il t’arrange
Une vie dans le cœur de tes amis natals.

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