« Torti-tortue, que fais-tu là au milieu ? — Je dévide la laine et le fil de Milet. — Hélas Hélas ! Que ne viens-tu danser ? — J’ai beaucoup de chagrin. J’ai beaucoup de chagrin.
— Torti-tortue, que fais-tu là au milieu ? — Je taille un roseau pour la flûte funèbre. — Hélas ! Hélas ! Qu’est-il arrivé ! — Je ne le dirai pas. Je ne le dirai pas.
Pour tout le jour ma mère m’a enfermée au gynécée, avec mes sœurs que je n’aime pas et qui parlent entre elles à voix basse. Moi, dans un petit coin, je file ma quenouille.
Quenouille, puisque je suis seule avec toi, c’est à toi que je vais parler. Avec la perruque de laine blanche tu es comme une vieille femme. Écoute-moi.
Bilitis naquit au commencement du sixième siècle avant notre ère, dans un village de montagnes situé sur les bords du Mélas, vers l’orient de la Pamphylie. Ce pays est grave et triste, assombri par des forêts profondes, dominé par la masse énorme du Taurus ; des sources pétrifiantes sortent de la roche ; de grands lacs salés séjournent sur les hauteurs, et les vallées sont pleines de silence.
Mon Dieu ! suis-je un poète, et serai-je plus tard Un de ces écrivains qu’on admire et qu’on aime, Sur qui le monde entier tient fixé son regard, Immortel créateur d’un immortel poème ? [...]