La Prédestinée

Sitôt qu’elle fut assez haute, Ilsée eut coutume d’aller tous les matins devant sa glace et de dire : « Bonjour, ma petite Ilsée. » Puis elle baisait le verre froid et fronçait les lèvres. L’image semblait venir seulement. Elle était très loin, en réalité. L’autre Ilsée, plus pâle, qui se levait des profondeurs du miroir, était une prisonnière à la bouche gelée. Ilsée la plaignait, car elle paraissait triste et cruelle. Son sourire matinal était une aube blême encore teinte de l’horreur nocturne.

[...]

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De son apparition

Je ne sais comment je parvins à travers une pluie obscure jusqu’à l’étrange étal qui m’apparut dans la nuit. J’ignore la ville et j’ignore l’année : je me souviens que la saison était pluvieuse, très pluvieuse.

Il est certain que dans ce même temps les hommes trouvèrent par les routes de petits enfants vagabonds qui refusaient de grandir. Des fillettes de sept ans implorèrent à genoux pour que leur âge restât immobile, et la puberté semblait déjà mortelle. Il y eut des processions blanchâtres sous le ciel livide, et de petites ombres à peine parlantes exhortèrent le peuple puéril. Rien n’était désiré par elles qu’une ignorance perpétuée. Elles souhaitaient se vouer à des jeux éternels. Elles désespéraient du travail de la vie. Tout n’était que passé pour elles.

[...]

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La Voluptueuse

Terrible, ça, dit la fillette, parce que ça saigne du sang blanc.

Elle incisait avec ses ongles des têtes vertes de pavots. Son petit camarade la regardait paisiblement. Ils avaient joué aux brigands parmi les marronniers, bombardé les roses avec des marrons frais, décapuchonné des glands nouveaux, posé le jeune chat qui miaulait sur les planches de la palissade. Le fond du jardin obscur, où montait un arbre fourchu, avait été l’île de Robinson. Une pomme d’arrosoir avait servi de conque guerrière pour l’attaque des sauvages. Des herbes à tête longue et noire, faites prisonnières, avaient été décapitées. Quelques cétoines bleues et vertes, capturées à la chasse, soulevaient lourdement leurs élytres dans le seau du puits. Ils avaient raviné le sable des allées, à force d’y faire passer des armées, avec des bâtons de parade. Maintenant, ils venaient [...]

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La Déçue

À la jonction de ces deux canaux, il y avait une écluse haute et noire ; l’eau dormante était verte jusqu’à l’ombre des murailles ; contre la cabane de l’éclusier, en planches goudronnées, sans une fleur, les volets battaient sous le vent ; par la porte mi-ouverte, on voyait la mince figure pâle d’une petite fille, les cheveux éparpillés, la robe ramenée entre les jambes. Des orties s’abaissaient et se levaient sur la marge du canal ; il y avait une volée de graines ailées du bas automne, et de petites bouffées de poussière blanche. La cabane semblait vide ; la campagne était morne ; une bande d’herbe jaunâtre se perdait à l’horizon.

[...]

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