Jean Auvray


Contre une dame trop maigre


 
Non, je ne l’aime point cette carcasse d’os,
Qu’on ne m’en parle plus, quoiqu’il y ait du lucre,
J’aime autant embrasser l’image d’Atropos,
Ou me laisser tomber tout nu dans un sépulcre.
 
Dès la première nuit de nos embrassements,
J’imaginai sa chambre être un grand cimetière
Son corps maigre semblait un monceau d’ossements,
Son linceul un suaire et sa couche une bière.
 
Ce serait violer le droit des Trépassés
De toucher sacrilège à ses membres étiques,
Je les baiserais bien s’ils étaient enchâssés,
Comme au travers d’un verre on baise les reliques.
 
Belle, dis-je, (tâtant la peau de son téton)
Pour ne me point blesser lors que je vous embrasse,
Il faudrait vous garnir les membres de coton,
Ou que je fusse armé d’un bon corps de cuirasse.
 
Quand je touche aux rasoirs de votre hastelet,
Je n’oserais mêler mes os avec les vôtres,
Votre mère vous fit disant son chapelet
Puisque tout votre corps n’est que de patrenôtres.
 
Au châlit innocent j’eusse dit ces propos,
Pourquoi faut-il jaloux que si haut tu caquettes ?
Mais, je connus la Dame au cliquetis des os,
Comme on connaît un ladre au bruit de ses cliquettes.
 
Son meunier l’autre jour revenant du marché,
(Piqueur alternatif de cette haridelle)
Me dit qu’il en avait le cul tout écorché,
Et que son âne était plus franche d’amble qu’elle.
 
Un jour que ce vieux fut d’arquebuse à gibier
Je tatonnais partout, je lui dis, ô ma mie,
Que vous auriez besoin d’un excellent barbier
Pour enfiler les os de votre anatomie !
 
Ce corps qui va craquant aussitôt qu’on l’étreint
Me semble trop fragile aux amoureux approches,
Il vaut mieux le garder pour le vendredi saint
Servir de tournevelle au défaut de nos cloches.
 
Que ces pères dévots s’aillent doncques cacher
Qui estiment catin trop charnelle et gaillarde,
Si paillardise n’est que péché de la chair,
Catin ne fut jamais ni putain, ni paillarde.
 



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