Henry Bataille

Le Beau Voyage



 
Le passé, c’est un second cœur qui bat en nous...
On l’entend, dans nos chairs, rythmer à petits coups,
Sa cadence, pareille à l’autre cœur, — plus loin,
L’espace est imprécis où ce cœur a sa place,
Mais on l’entend, comme un grand écho, néanmoins,
Alimenter le fond de l’être et sa surface.
Il bat. Quand le silence en nous se fait plus fort
Cette pulsation mystérieuse est là
Qui continue... et quand on rêve il bat encor,
Et quand on souffre il bat, et quand on aime il bat...
Toujours ! C’est un prolongement de notre vie...
Mais si vous recherchez, pour y porter la main,
Où peut être la source heureuse et l’eurythmie
De son effluve... Rien !... Vous ne trouverez rien
Sous les doigts... Il échappe. Illusion... Personne
Ne l’a trouvé jamais... Il faut nous contenter
D’en sentir, à coups sourds, l’élan précipité,
Dans les soirs trop humains où ce grand cœur résonne.
 
Le passé ! Quel mot vain ! C’est du présent — très flou,
C’est du présent de second plan, et voilà tout.
Il n’est pas vrai que rien jamais soit effacé.
Le passé n’est jamais tout à fait le passé.
N’avez-vous pas senti comme il rôde partout,
Et tangible ? Il est là, lucide, clairvoyant,
Non pas derrière nous, comme on croit, mais devant.
L’ombre de ce qui fut devant nous se projette
Sur le chemin qui va, sur l’acte qui s’éveille.
Ce qui est mort est encor là qui nous précède, —
Comme le soir on voit, au coucher du soleil,
Les formes qu’on avait peu à peu dépassées
Envoyer leur grande ombre au loin, sur les allées,
Sur tout votre avenir, plaines, taillis, campagnes !
Et s’en aller toucher de l’aile les montagnes...
 
Ainsi, tout ce qui fut, jeunesse, enfance, amour,
Tout danse devant moi sa danse heureuse ou triste.
Rien derrière !... Le groupe est là qui vole et court.
Mais j’ai beau me hâter, la distance persiste
Entre nous deux... Tel je m’en vais, épris du bleu
Lointain, et quelquefois si je titube un peu
Ce n’est pas que le sol sous mes pas se dérobe,
C’est que parmi le soir, les yeux plein de passé,
Ô toi qui vas devant, Souvenir cadencé,
J’ai marché sur la traîne immense de ta robe !
 

Commentaire (s)
Déposé par José J M Rodrigues le 26 octobre 2013 à 03h58

"Le passé, c’est un second cœur qui bat en nous..." . Este verso vem muito bem citado na 11.ª linha do prefácio à segunda edição (Lisboa, 1944) de «Terras de Maravilha» da autoria de Oldemiro César.

[Lien vers ce commentaire]

Déposé par José J M Rodrigues le 26 octobre 2013 à 04h26

A vírgula não está na citação de Oldemiro César, referida em anterior comentário. Mas suponho que o original tem mesmo lá a vírgula.

[Lien vers ce commentaire]

Déposé par Christian le 26 octobre 2013 à 09h41

Há muitas publicações deste poema, alguns com uma vírgula nesse verso, alguns sem : pode ser verificado no books.google

[Lien vers ce commentaire]

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