Baudelaire

Les Fleurs du Mal, 1857


À une Dame créole


 
Au pays parfumé que le soleil caresse,
J’ai connu, sous un dais d’arbres tout empourprés
Et de palmiers d’où pleut sur les yeux la paresse,
Une dame créole aux charmes ignorés.
 
Son teint est pâle et chaud ; la brune enchanteresse
A dans le cou des airs noblement maniérés ;
Grande et svelte en marchant comme une chasseresse,
Son sourire est tranquille et ses yeux assurés.
 
Si vous alliez, Madame, au vrai pays de gloire,
Sur les bords de la Seine ou de la verte Loire,
Belle digne d’orner les antiques manoirs,
 
Vous feriez, à l’abri des ombreuses retraites,
Germer mille sonnets dans le cœur des poëtes,
Que vos grands yeux rendraient plus soumis que vos noirs.
 

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 11 août 2020 à 16h56

Dame de canicule
-------

Cette dame d’été connaît plusieurs caresses,
Il peut même advenir que j’en sois empourpré ;
Sa chambrette n’est pas un logis de paresse,
C’est le coeur d’un volcan, nul ne peut l’ignorer.

J’écoute au long des jours ses mots d’enchanteresse,
Ils sont pleins de fraîcheur, et j’en suis éclairé ;
Dame des beaux matins, dame des forteresses,
Par son noble regard me voici rassuré.

Et que m’importeront la puissance et la gloire
Et les vins de l’Alsace et les vins de la Loire,
Avec elle je dors en cet heureux séjour.

Il est donc savoureux, le temps de la retraite,
L’un pour l’autre priant, tels deux anachorètes,
C’est pour le temps qui vient, ce n’est pas pour toujours.

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Déposé par Cochonfucius le 5 décembre 2024 à 13h57

Dame qui verse à boire
--------

Près d’un buveur elle s’empresse,
Il a ce qu’il peut désirer ;
La dame ignore la paresse
Ses jours sont sagement gérés.

Abreuvé par l’enchanteresse,
Le poète peut délirer  ;
La taverne est sa forteresse,,
C’est là  qu’il se sent inspiré.

Cet homme n’écrit pas sans boire ;
Il peut s’abreuver sans déboires,
Savourant l’écume des jours.

Tavernière  jamais distraite,
Prends soin de cet anachorète ;
Tu es son ultime recours.

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