Baudelaire

Les Fleurs du Mal, 1857


Le Tonneau de la Haine


 
La Haine est le tonneau des pâles Danaïdes ;
La Vengeance éperdue aux bras rouges et forts
A beau précipiter dans ses ténèbres vides
De grands seaux pleins du sang et des larmes des morts,
 
Le Démon fait des trous secrets à ces abîmes,
Par où fuiraient mille ans de sueurs et d’efforts,
Quand même elle saurait ranimer ses victimes,
Et pour les pressurer ressusciter leurs corps.
 
La Haine est un ivrogne au fond d’une taverne,
Qui sent toujours la soif naître de la liqueur
Et se multiplier comme l’hydre de Lerne.
 
— Mais les buveurs heureux connaissent leur vainqueur,
Et la Haine est vouée à ce sort lamentable
De ne pouvoir jamais s’endormir sous la table.
 

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 22 mai 2016 à 13h12

Démons gardiens
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Nous, les démons gardiens de ces agneaux timides,
Nous restons avec eux pour qu’ils deviennent forts :
Croire, ils ne doivent point que l’inframonde est vide,
Autrement, leur sommeil serait comme la mort.

Même si nous offrons des cauchemars morbides,
C’est pour que leur esprit fasse quelques efforts
Afin de parvenir à ce monde limpide
Où toujours est joli ce qu’apporte le sort.

Agneaux, presque jamais, ne vont boire en taverne,
Mais le roi, pour cela, nul prix ne leur décerne,
Lui qui s’emplit souvent d’un excès de liqueur.

Agneaux jamais n’auront ce travers lamentable
De paresseusement s’endormir sous la table :
Ainsi, de leurs démons, leur coeur sobre est vainqueur.

[Lien vers ce commentaire]

Déposé par Cochonfucius le 10 mai 2020 à 12h25

Inégal combat
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Un archange arrogant frappe un démon timide,
Un ange partisan de la loi du plus fort ;
Le diable gît au sol et son regard est vide,
Cette attaque lui semble un présage de mort.

L’archange en combattant dit des mots insipides,
Son lumineux esprit ne fait aucun effort ;
Il est sûr de son droit, venant des cieux limpides,
Et que cette victime a mérité son sort.

La lutte fait penser aux rixes de taverne,
Pour lesquelles jamais nul prix on ne décerne ;
Un faible sous les coups d’une brute sans coeur.

Je ne conclurai point ce récit lamentable
Qui ne mérite pas d’être un propos de table ;
Méprisable vaincu d’un ignoble vainqueur.

[Lien vers ce commentaire]

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