Baudelaire


Sisina


 
Imaginez Diane en galant équipage,
Parcourant les forêts ou battant les halliers,
Cheveux et gorge au vent, s’enivrant de tapage,
Superbe et défiant les meilleurs cavaliers !
 
Avez-vous vu Théroigne, amante du carnage,
Excitant à l’assaut un peuple sans souliers,
La joue et l’œil en feu, jouant son personnage,
Et montant, sabre au poing, les royaux escaliers ?
 
Telle la Sisina ! Mais la douce guerrière
A l’âme charitable autant que meurtrière ;
Son courage, affolé de poudre et de tambours,
 
Devant les suppliants sait mettre bas les armes,
Et son cœur, ravagé par la flamme, a toujours,
Pour qui s’en montre digne, un réservoir de larmes.
 

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 13 juillet 2014 à 11h26

Beuverie au désert
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Tous les soldats du roi, en puissant équipage,
Vieil ermite, ont franchi ton ruisseau familier ;
Ils grillent de la viande et font un fort tapage,
Fantassins et sapeurs, éclaireurs, cavaliers.

Ils n’iront aujourd’hui sur les lieux de carnages,
En désordre par terre ont laissé leurs souliers,
Ils boivent goulûment, ces joyeux personnages,
Et le bord du cours d’eau leur tient lieu de cellier.

Bientôt s’éteint en eux la moindre ardeur guerrière,
Le moindre goût d’entrer en actions meurtrières :
Ni même de frapper les antiques tambours.

Par sa sobriété, l’ermite les désarme,
Et de leur meilleur vin, ils lui offrent toujours.
Vers la fin, il leur dit : Je veux bien. Une larme.

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Déposé par Pierre Lamy le 2 août 2020 à 10h35

le même en vers de onze

Songez à Diane en galant équipage,
courant les forêts ou battant les halliers,
chevelure au vent, s’enivrant de tapage,
belle et défiant les meilleurs cavaliers !
 
Songez à Théroigne, amante du carnage,
poussant à l’assaut un peuple sans souliers,
œil et joue en feu, jouant son personnage,
montant, sabre au poing, les royaux escaliers !
 
Telle est Sisina ! Mais la douce guerrière
a l’âme empathique autant que meurtrière ;
Sa rage, affolée de poudre et de tambours,
 
devant les vaincus sait mettre bas les armes,
Son cœur, ravagé par la flamme, a toujours,
pour qui le mérite, un réservoir de larmes.

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