Boileau


Le Bûcheron et la Mort


 
Le dos chargé de bois et le corps tout en eau,
Un pauvre bûcheron, dans l’extrême vieillesse,
Marchait en haletant de peine et de détresse ;
Enfin, las de souffrir, jetant là son fardeau,
Plutôt que de s’en voir accablé de nouveau,
Il souhaite la Mort et cent fois il l’appelle.
La Mort vient à la fin : « Que veux-tu ? cria-t-elle,
— Qui moi ? dit-il alors, prompt à se corriger,
          Que tu m’aides à me charger. »
 

Commentaire (s)
Déposé par Christian le 20 février 2012 à 18h12

Cf. de Jean-Baptiste Rousseau : Fable d’Ésope

Le malheur vainement à la mort nous dispose.
On la brave de loin ; de près, c’est autre chose.
Un pauvre Bûcheron de mal exténué,
Chargé d’ans et d’ennuis, de forces dénué,
Jetant bas son fardeau, maudissait ses souffrances,
Et mettait dans la Mort toutes ses espérances.
Il l’appelle ; elle vient. Que veux-tu, Villageois ?
Ah, dit-il, viens m’aider à recharger mon bois.


et bien sûr La Fontaine : La Mort et le Bûcheron

Un pauvre Bûcheron, tout couvert de ramée,
Sous le faix du fagot aussi bien que des ans
Gémissant et courbé, marchait à pas pesants,
Et tâchait de gagner sa chaumine enfumée.
Enfin, n’en pouvant plus d’effort et de douleur,
Il met bas son fagot, il songe à son malheur,
Quel plaisir a-t-il eu depuis qu’il est au monde ?
En est-il un plus pauvre en la machine ronde ?
Point de pain quelquefois, et jamais de repos.
Sa femme, ses enfants, les soldats, les impôts,
            Le créancier et la corvée
Lui font d’un malheureux la peinture achevée.
Il appelle la Mort. Elle vient sans tarder,
            Lui demander ce qu’il faut faire.
            « C’est, dit-il, afin de m’aider
À recharger ce bois ; tu ne tarderas guère. »

            Le trépas vient tout guérir ;
            Mais ne bougeons d’où nous sommes :
            Plutôt souffrir que mourir,  
            C’est la devise des hommes.

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