François Coppée

Le Cahier rouge, 1892


Le Fils de Louis XI


 
Sur le balcon de fer du noir donjon de Loches,
Monseigneur le dauphin Charles de France, en deuil,
Dominant la Touraine immense d’un coup d’œil,
Écoute dans le soir mourir le son des cloches.
 
L’enfant captif envie, humble cœur sans orgueil,
Ceux qu’il voit revenir des champs, portant leurs pioches,
Et, flairant l’âcre odeur des potences trop proches,
Songe à l’archer d’Écosse immobile à son seuil.
 
L’enfant prince a douze ans et ne sait pas encore
Combien fiers sont les lys du blason qui décore
L’ogive sous laquelle il rêve, pâle et seul.
 
Il ignore Dunois, Xaintrailles, et La Hire,
Et la Pucelle, et son victorieux aïeul.
Monseigneur le dauphin Charles ne sait pas lire.
 

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 1er mars 2015 à 10h36

Héritier songeur  (Pays de Poésie, 27-12-14)
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Le fils de l’empereur lit un livre de poche ;
Il est commodément installé sur le seuil
De la noire pagode ; il bouquine sous l’oeil
D’un bonze qui s’apprête à sonner une cloche.
Héritier de la Terre, il n’en a pas d’orgueil ;
Pas plus qu’un travailleur agitant une pioche,
Pas plus qu’un laboureur, de son bétail bien proche,
Pas plus qu’un journalier dont chaque ongle est en deuil.

Monde sans intérêt, ça pourrait être pire.
Il reste aux plus heureux la ressource de lire
Les madrigaux écrits par un aimable aïeul ;

Le livre est assez bref, il le relit encore,
Petit recueil de vers qu’une estampe décore
Et qu’on aime à tenir en mains, quand on est seul.

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Déposé par Christian le 1er mars 2015 à 12h50

Enfant prodique repenti avec valoches,
te voilà de retour dans la famille en deuil.
Il n’est point d’œil
vide de larme en ce matin de mornes cloches.

Temps est venu de ravaler ton piètre orgueil :
trois employés municipaux munis de pioches
vont devant ceux qu’on te voudrait nommer des proches,
des deux enfers lisser, polir et policer le seuil.

Face au décor
tu es encore
bien seul.

Va-t-elle un jour finir
cette liste trop longue à lire
d’aïeuls ?

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Déposé par Cochonfucius le 31 juillet 2017 à 12h09

Ambicanasson
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Le diable de Schlemihl l’a sorti de sa poche ;
Par ce geste bizarre, il a franchi le seuil
De la noire magie, car il l’a fait sous l’oeil
De Peter qui se dit que quelque chose cloche.

Cet ambicanasson est dépourvu d’orgueil ;
Il se trouve malin, il voit qu’il n’est pas moche,
Il sait que l’écurie de l’inframonde est proche,
Mais sans anticiper ni l’effroi, ni le deuil.

Son créateur n’est pas des noirs démons le pire :
Chamisso l’apprécie, de sa plume on peut lire
Les services que rend ce vénérable aïeul.

Le livre est assez bref, je le relis encore,
Petit recueil ancien qu’un graffiti décore ;
Du début à la fin, Peter Schlemihl est seul.

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Déposé par Cochonfucius le 21 novembre 2020 à 14h15

Hippotaure de gueules
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Quand il était très jeune, il tenait dans ma poche,
Par la suite, il devint plus gros qu’un écureuil ;
Dans l’étable, les boeufs lui firent bon accueil,
J’en ai connu plusieurs qui de lui furent proches.

Mon oncle Jean, qui fut seigneur de Roquefeuil,
Dans un savant traité le compare à Gavroche :
Aristide Bruant me dit qu’à la Bastoche
Il franchissait souvent des tavernes le seuil.

L’hippotaure n’est pas des animaux le pire,
Ce n’est point un goupil qui ment comme il respire ;
Une muse l’instruit, dont il est le filleul.

Concernant son métier, il n’en a pas encore,
Peut-être, il deviendra chasseur de manticores,
Il aurait du succès, car il serait le seul.

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https://paysdepoesie.wordpress.com/2019/08/06/un-livre-esoterique/

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