Eudore Évanturel

Premières poésies, 1878


Au Collège


 
Il mourut en avril, à la fin du carême.
 
C’était un grand garçon, un peu maigre et très blême,
Qui servait à la messe et chantait au salut.
On en eût fait un prêtre, un jour : c’était le but ;
Du moins, on en parlait souvent au réfectoire.
Il conservait le tiers de ses points en histoire,
Et lisait couramment le grec et le latin.
C’était lui qui sonnait le premier, le matin,
La cloche du réveil en allant à l’église.
Les trous de son habit laissaient voir sa chemise,
Qu’il prenait soin toujours de cacher au dortoir.
On ne le voyait pas comme un autre au parloir,
Pas même le dimanche après le saint office.
Ce garçon n’avait point pour deux sous de malice,
Seulement, à l’étude, il dormait sur son banc.
Le maître descendait le réveiller, souvent,
Et le poussait longtemps — ce qui nous faisait rire.
 
Sa main tremblait toujours, quand il voulait écrire.
Le soir, il lui venait du rouge sur les yeux.
Les malins le bernaient et s’en moquaient entre eux ;
Alors, il préférait laisser dire et se taire.
L’on n’aurait, j’en suis sûr, jamais su le mystère,
Si son voisin de lit n’eût avoué, sans bruit,
 
Qu’il toussait et crachait du sang toute la nuit.
 

Commentaire (s)
Déposé par Chr... le 25 mai 2019 à 07h09

Le profucius à pil’ ne fait jamais carême.  
C’est un braveux garçon, ni trop nègr’, ni trop blême :
Il ne sert pas de messe et ne chante au salut.
On en put faire un prêtr’, mais c’était pas le but...

Il gamberge en sonnets pendant qu’au réfectoire,
Pendant qu’au cimetièr’, pendant nos cours d’histoire...
Il traduit des Chinois du grec ou du latin ;
C’est lui qui nous secoue le pommier du matin.

Le cloché du réveil ne le mène à l’église.
C’est de profanités que s’emplit sa chemise,
Il gamberge en ail-coup pendant qu’au pissotoir.

La vie est son lavoir, le monde est son parloir,
En semaine, en dimanche, il parfait son office
Dans des oeuvres qui val’nt leurs dix sous de malice.

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