Albert Glatigny

Les Flèches d’or, 1864


Les Jouets


 
Pour l’avoir rencontrée un matin, je l’aimai,
Au temps où tout nous dit les gaietés naturelles,
Quand les arbres sont verts, lorsque les tourterelles
Gémissent de tendresse au clair soleil de mai.
 
Nos âmes échangeaient de longs baisers entre elles,
Tout riait près de nous, et, dans l’air parfumé,
On entendait des bruits d’amoureuses querelles.
Mon cœur, alors ouvert, depuis s’est refermé.
 
Et ne me demandez jamais pour quelle cause
Vers un autre côté la fille svelte et rose
A détourné ses yeux doux comme les bluets ;
 
Car, pour ne pas laisser leurs mains inoccupées,
Les enfants, sans pitié, brisent leurs vieux jouets
Et retirent le son du ventre des poupées !
 

Commentaire (s)
Déposé par Jadis le 11 avril 2020 à 10h21


Une aube exténuante effleure les sommets,
Blanchissant à regret ma veille intemporelle.
Je scrute sans espoir du haut de ma tourelle :
Mon fringant chevalier ne reviendra jamais.        

Il s’est dissipé comme une averse de grêle,
Comme, grave, s’estompe un cierge consumé.
Ce fut, pourrait-on dire, une mort naturelle —
Quelque tombeau pesant sur lui s’est refermé.

Sous un vieil amandier, quelque part, il repose.
Mes larmes, mes appels n’y purent pas grand-chose ;
Le temps est bien fini où la passion tuait.

—Sa voix subitement se fit entrecoupée ;
Elle se détourna, et s’enfuit. Mais où est
Celui qui lui voua son cœur et son épée ?

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