Gérard d’Houville

Les Poésies, 1931


L’Endormie


 
Elle dormait, pareille aux indécentes roses...
Et l’homme contemplait, parmi les grands coussins,
Cette femme, jetée en sa naïve pose :
Blanche flexible et double où fleurissent les seins.
 
Ah ! comme il se penchait sur cette forme nue
Dont la ligne allongée et le nacré contour
Avaient l’éclat doré des lumineuses nues
Que l’on voit disparaître au soir d’un trop beau jour !
 
Sœur de la bête libre et des plantes captives,
Esclave de la lune, ondoyant océan,
Un homme est là, courbé sur tes dormantes rives,
Qui guette ton mystère et scrute ton néant.
 
Oui, dormeuse, le sage interroge ton songe...
Sa raison sur ton être élève sa lueur
Et, dans ta volupté, ta grâce et ton mensonge,
Cherche le vol posé d’une âme sur tes fleurs.
 
À l’aide de la froide et sévère pensée
Il voudrait te saisir, ô charme de la nuit,
Quand sur le ciel du rêve indolemment bercée
Tu sembles t’éloigner de la terre et de lui...
 
Douce belle aux yeux clos, on te trahit : Prends garde !
Un homme curieux sur ta couche est penché,
Hostile, il te surprend, te juge, te regarde,
Mélancolique Amour interrogeant Psyché.
 
... Mais elle, en son sommeil que veille sa malice,
A senti le reflet de ce regard voleur
Et tiré d’un seul coup la couverture lisse
De ce geste ennemi que l’on nomme pudeur ;
 
Car, ainsi qu’il ne peut surprendre la nature
Dans l’auguste candeur de ses cruels secrets,
L’homme doit respecter ton innocence impure,
Femme, et croyant t’aimer, ignorer qui tu es.
 

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