Jean de La Ceppède



 
Mais qui vous meut, Seigneur, de sortir à cette heure ?
De passer ce torrent ? de gravir sur ce mont ?
De revoir ce jardin où l’Apôtre parjure
Conduit mille assassins pour vous faire un affront ?
 
Vous fuîtes l’autre jour pour ne voir votre front,
Ceint du bandeau Royal : maintenant on conjure
De vous assassiner, et vous êtes si prompt
D’aller pour recevoir une mortelle injure.
 
Ô doux-forçant amour, que ton pouvoir est fort !
Ni l’effroi des tourments, ni l’horreur de la mort
Ne peuvent arrêter cet amoureux courage.
 
Mon Roi, puisque pour moi vous courez au trépas,
Faites que votre grâce à ce coup m’encourage,
Et me donne pouvoir de talonner vos pas.
 



Commentaire (s)
Déposé par Jadis le 23 septembre 2021 à 13h13


Qu’est-ce donc que cela ? il me pleut sur la hure !
La conduite a lâché, de par tous les démons !
Plombier, mon bel ami, sauve-moi, je t’adjure,
Le flot cerne déjà mon cher philodendron.

La fuite se complique, un autre tuyau rompt,
L’homme s’escrime en vain. Lourdement ce con jure
(Beaucoup ici riront et le reconnaîtront) ;
Il prétend malgré tout soutenir la gageure.
 
Mon gourbi désormais, malgré tous ses efforts,
Ruisselle tel un phare assiégé par l’Armor :
Seul un scaphandrier atteindrait le garage.
 
Comme l’aurait noté l’œil de Robert Capa,
On a rarement vu un aussi beau naufrage ;
Nous nous en sortirons vivants peut-être, ou pas.

[Lien vers ce commentaire]

Déposé par Cochonfucius le 24 mars 2022 à 12h43

Se coucher comme les poules
--------

Ce monarque affaibli va dormir de bonne heure,
Les veilles de jadis ayant ridé son front ;
Il ne s’attable plus parmi tous ses barons,
À peine a-t-il mangé deux tartines de beurre.

Il comprend désormais que la gloire est un leurre,
Il la laissera donc à ceux qui en voudront ;
Le pillage sera l’affaire des larrons,
Le désir de grandeur plus jamais ne l’effleure.

Par la guerre on faiblit, par la pais l’on est fort,
Un nain vivant vaut mieux qu’un géant mort.
Éviter les conflits, tel est le vrai courage.

Mon Roi, reposez-vous sans craindre le trépas,
Votre douceur vaut mieux que force ni que rage ;
Prenez toujours, le soir; un modeste repas.

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