Jules Laforgue


Crépuscule de dimanche d’été


 
Une belle journée, un calme crépuscule
Dans l’odeur des rôtis les promeneurs heureux
Rentrent, sans se douter que tout est ridicule,
Et fouettent du mouchoir leurs beaux souliers poudreux.
 
Ah ! banale rancœur de notre farce humaine !
Aujourd’hui, jour de fête et gaieté des faubourgs,
Demain le dur travail, pour toute la semaine.
Puis fête, puis travail, fête... travail... toujours.
 
Par l’azur tendre et fin tournoient les hirondelles
Dont je traduis pour moi les mille petits cris,
Et peu à peu je songe aux choses éternelles,
Au-dessus des rumeurs stupides de Paris.
 
Oh ! tout là-bas, là-bas... par la nuit du mystère,
Où donc es-tu (depuis tant d’astres !) à présent...
Ô trombe chaotique, ô Nébuleuse-mère,
Dont sortit le Soleil, notre père puissant ?
 
Où sont tous les soleils qui, sur ta longue route
Bondirent, radieux, de tes flancs jamais las ?
Ah ! ces frères du nôtre, ils sont heureux sans doute !
Et nous ont oubliés ! ou ne nous savent pas.
 
Comme nous sommes seuls, pourtant, sur notre Terre,
Avec notre infini, nos misères, nos dieux,
Abandonnés de tout, sans amour et sans Père,
Seuls dans l’affolement universel des Cieux !
 

Commentaire (s)
Déposé par COMBES le 29 octobre 2023 à 20h49

Troisième quatrain, denier vers : ce n’est pas "Au-dessus des rumeurs stupides de Paris" mais "Au-dessus des rumeurs qui montent de Paris"

[Lien vers ce commentaire]

Déposé par Christian le 31 octobre 2023 à 20h31

Il y a plusieurs versions, comme pour beaucoup de posthumes de cet auteur.
Mon vieux Livre de poche donne mėme "Au-dessus des murmures stupides de Paris" , 13 pieds...

[Lien vers ce commentaire]

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