Louvigné du Dézert

Le Carquois du Sieur Louvigné du Dézert, 1912


Le Matin


 
Corine, ces valets fauchans,
Le vieil Saturne les imite :
Hastons ! le Matin nous invite
Et le faict dire par ses gens.
 
Oy le bouvreuil et la linotte,
Et le verdier et le pinson
Dans leurs trilles rouler ton nom ;
Oy ce bicquet qui le chevrotte !
 
Oy la trompe, au loin, du chasseur,
L’hermitte tirer sa campane,
Le musnier chanter sur son asne,
Et l’appel sur l’eau du passeur !
 
Voy ce moulin qui nous faict signe
En se haussant sur le costeau,
Et la girouette d’un Chasteau
Qui je ne sçay quoy nous désigne !
 
Ce char dépasse nostre toist ;
De feurre il roulle une montagne :
Impatiente, la campagne
Décide de venir à toy !
 
Sus ! debout ! sus ! que l’on se veste !
Diane, jà, ceint le carquois :
Vien l’espier dedans ces boys
Fougueusement courre(1) la beste.
 
Penchée au fluyde Crystal,
La Naïade ses cheveux peigne,
Et le petit pié qu’elle baigne
Fust façonné dans le coral.
 
L’Hamadryade yssant du chesne,
De l’hierre escarte les rideaux ;
Entour ballent des Satyreaux,
Aux sons dun flageolet d’aveine.
 
La Fable foule le gazon,
Narcisse brusle pour Narcisse,
Et c’est tapis de haute-lisse,
Et c’est poesme de Nason !
 
Les pigeons gonfléz se becquettent,
Tousjours par deux comme tétins ;
Et l’on diroit, dans les sapins,
Des seins aisléz qui s’entre-tettent.
 
Viste, ta laine et ton fuzeau,
Et ce coffin pour la cueillette ;
Moy, j’emporte ceste serpette
Pour graver dessus un bouleau.
 
Sus, l’Heure un peu du Jour grignotte,
Comme sa noix un escureuil ;
Le Temps agile est un chevreuil,
Et ma Corine une marmotte !
 
Le lict laisse faire au vallet ;
Les Nymphes ont battu la mousse,
Et l’ont jettée en molle housse
Où reposer ton corps douillet.
 
Le Matin est aux Dieux Anticques,
Nuds et beaux comme des amans,
Et le Soir aux renoncemens,
Dans les ténèbres Catholicques.
 
_______________
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