Mallarmé

Poésies, 1899


Le Tombeau de Charles Baudelaire


 
Le temple enseveli divulgue par la bouche
Sépulcrale d’égout bavant boue et rubis
Abominablement quelque idole Anubis
Tout le museau flambé comme un aboi farouche

Ou que le gaz récent torde la mèche louche
Essuyeuse on le sait des opprobres subis
Il allume hagard un immortel pubis
Dont le vol selon le réverbère découche

Quel feuillage séché dans les cités sans soir
Votif pourra bénir comme elle se rasseoir
Contre le marbre vainement de Baudelaire

Au voile qui la ceint absente avec frissons
Celle son Ombre même un poison tutélaire
Toujours à respirer si nous en périssons.
 

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 14 mai 2014 à 11h08

Cérémonie presque barbare
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Le spectre fait sonner la trompe qu’il embouche.
Il parle, revêtu de ses sombres habits,
Et dans la catacombe où son timbre vrombit,
Tremble une stalactite à la lueur farouche.

Il lance sa parole obscure, à pleines louches,
Sans jamais ralentir son abondant débit ;
Le public prend courage, et, patient, la subit,
Et ce spectre bavard en remet une couche.

On ne sait si, dehors, c’est l’aurore ou le soir ;
Seuls des privilégiés ont eu de quoi s’asseoir.
Qui inspire le spectre ? Est-ce bien Baudelaire ?

Ah ! Plus d’un auditeur se dit, dans un frisson,
Qu’on est vraiment maudit si les mots tutélaires
D’un éloge funèbre ont un goût de glaçons.

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Déposé par Cochonfucius le 10 juin 2019 à 12h05

Moine du désert
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La main du pénitent consacre ce qu’il touche,
Le sable du désert embellit son habit ;
Et dans son ermitage où la mouche vrombit,
Nul démon ne s’attaque à ce moine farouche.

Lui qu’on servit jadis, et même à pleines louches,
Ne boit que de sa source au très maigre débit ;
Dans l’effort qu’en ces lieux son pauvre corps subit,
Il fait de sa vertu la racine et la souche.

En prière à midi, dans l’aurore ou le soir,
Jamais dans sa cellule on ne le voit s’asseoir ;
Héros sans étendard, travailleur sans salaire.

Le vent touche la dune et lui donne un frisson,
Elle qui a regret de ses dieux tutélaires
Qu’elle n’entendra plus chanter à l’unisson.

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Déposé par Cochonfucius le 30 janvier 2025 à 14h14

Saint Bavard
--------

Je parle de ce qui me touche,
Je m’exprime Urbi et Orbi ;
Je neveux pas être un zombi
Gardant un silence farouche.

Se taire, je trouve ça louche,
Mais moi, j’arrose à plein débit ;
Je n’ai pas besoin d’alibi,
Pour en rajouter une couche.

Ainsi du matin jusqu’au soir,
Comme une vendange au pressoir
Ou comme une source d’eau claire.

D’aucuns voudraient couper le son ;
Bien peu me chaut de leur déplaire,
Ils n’ont qu’à rester ce qu’ils sont.

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Déposé par Curare_ le 1er février 2025 à 13h23



"Se taire, je trouve ça louche . ."

👌😃

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Déposé par Stephen Bienarmé le 15 mai 2026 à 12h18

SORNETTE

Aux ultimes lueurs du ciel qui s’obscurcit,
Je vois, très clairement, une forme très vague,
Je suis étreint au cœur et mon esprit divague.
Cette forme, d’abord blanche, à mes yeux noircit.

Puis l’apparition fluide s’épaissit ;
Elle prend corps ; devient ronde, ainsi qu’une bague :
Se roule, en proie à la germaine schlague ;
Et je me dis : c’est ça ; ce doit être ceci ;

Ce doit être ceci : la femme, après l’histoire ;
La femme qui sortit de l’homme (c’est notoire) ;
Notre sœur de la côte, après avoir péché !

Or, je suis très heureux, bien que tremblant, en somme,
D’avoir pu voir comment, sœur-épouse de l’homme,
La mère Ève avala la pêche du pêcher ! !

(Le Tintamarre, 17 octobre 1886)

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