Louis Mandin

Ariel esclave, 1912


L’Étrangère


 
Je ne veux pas être celui
Qui jette, sans compter, tous ses souvenirs au passant.
Je ne veux pas être celui
Qui, décrochant son cœur, tout entier le répand
Parmi les feux du jour et les vents de la nuit.
 
Mon cœur ne tomberait qu’en des lumières fausses
Et qui le frapperaient comme une injure.
Et mes chers souvenirs, qu’il garde en ma poitrine obscure,
Mes enterrés vivants, sitôt qu’ils auraient fui leur fosse,
Seraient soudain comme des morts dans la nature.
 
Mes souvenirs, si vifs en moi qui suis leur tombe,
Seraient comme des morts dès qu’ils en sortiraient.
Car, ô vulgaire vie, ô vulgaire ! ils ne trouveraient,
Mes souvenirs et mes amours ne trouveraient
En toi qu’une étrangère, et même tes colombes,
En les frôlant d’un coup d’aile, les briseraient...
 
Si fiers, si délicats, oh ! si craintifs de cette vie,
Si fragiles à caresser,
Qu’ils ne pourraient toucher même une oreille amie
Sans s’y blesser !
 
Il faut fermer la porte intérieure,
Il faut tenir sous clef ton enfance avec ses lueurs,
Avec ses chauds bourdonnements d’essaims lointains.
Avec les cendres de ton père et de ta mère,
Et les illusions, et tout ce qui fut éphémère,
Et qui fleurit encore au soleil caché dans ton sein.
 
Tes morts, ils sont, toujours vivante, ta jeunesse.
Pour ne pas ébranler leur cendre,
Ne parle d’eux qu’à toi, si bas que l’on ne puisse entendre.
Toi seul tu peux, mais bas, parler encore à ta jeunesse.
Ne lance pas ta cendre à l’Étrangère,
À son souffle qui vole en paroles légères
Sans cesse !
Tes souvenirs, tes morts y perdraient leur secrète vie,
Et toi, cherchant en vain leur âme enfuie,
Tu perdrais avec eux ta dernière jeunesse.
 

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