Marc de Papillon de Lasphrise

Les Amours de Théophile


LII


N’oser aimer celui, doué de bonne grâce,
Qui est à ses amis sans artifice aucun,
Ne parler à personne, éloigner un chacun,
Fuir ce que la gloire aimablement pourchasse :
 
Marcher piteusement avecque triste face,
Avoir le chef couvert d’un grand voile importun,
Vivoter mal en point — usage trop commun —
Et comme un prisonnier ne bouger d’une place,
 
Renoncer la Nature, ha ! quelle indignité !
Et embrasser par vœu la laide pauvreté,
Qui est assurément la mère vicieuse,
 
Chanter en gémissant, rire en Sardonien,
Ne vouloir point d’honneur, ni d’ami, ni de bien,
Appelez-vous cela sainte Religieuse ?
 

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 9 juin 2014 à 11h13

Jeune muse
---------------

Une vestale vient, vive, pleine de grâce,
Qui semble de souci n’avoir, ce jour, aucun ;
Dans le vieux jardin clos, souriant à chacun,
Elle semble une enfant qui son bonheur pourchasse.

Chaque moine croit voir de la Vierge la face ;
L’abbé lui-même oublie le labeur importun.
Il prend, comme ferait un homme du commun,
Sur un vétuste banc la plus modeste place.

Il n’est plus, à présent, imbu de dignité ;
Contemplant, tout rêveur, sa soeur en chasteté,
Il sent son âme emplie d’une indulgence heureuse.

Il sait que de cela ne se tisse aucun lien.
Il est serein. Pourquoi ? Il ne le sait pas bien,
Absorbé comme il est dans sa joie nébuleuse.

[Lien vers ce commentaire]

Déposé par Cochonfucius le 21 avril 2022 à 11h41

Aigle-muse
---------------

De toute pesanteur peut triompher ma grâce,
J’ai trente soupirants, mais je n’en aime aucun ;
Il ne me déplaît pas d’être aimée de chacun,
Tout en décourageant quiconque me pourchasse.

J’écoute leurs propos, je les regarde en face,
Ils comprendront bientôt qu’ils me sont importuns ;
Les nobles héritiers, les hommes du commun,
Je sais parfaitement les remettre à leur place.

Les plus faibles d’entre eux perdent leur dignité ;
Doutant de ma sagesse et de ma chasteté,
Ils m’appellent perdante et pauvre malheureuse.

Un homme pourrait-il m’asservir à des liens ?
Cela ne sera point, lecteur, tu le sais bien,
Je n’ai rien à cirer de leurs offres douteuses.

[Lien vers ce commentaire]

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