Georges de Scudéry


Pour une Dame qui filait


 
Plus charmante qu’Omphale et plus que Déjanire,
Philis en se jouant pirouette un fuseau,
Mais un fuseau d’Ébène, aussi riche que beau,
Mais d’un air si galant qu’on ne le saurait dire.
 
Il tourne, il se grossit de ce lin qu’elle tire ;
Il descend ; il remonte et descend de nouveau,
Et de ses doigts d’Albâtre elle trempe dans l’eau
Cet invisible fil que Pallas même admire.
 
L’Objet impérieux qui me donne des lois
Égale sa quenouille aux Sceptres des Grands Rois,
Et son noble travail est digne d’un Monarque :
 
Aussi depuis le temps qu’elle file toujours,
C’est de la belle main de cette belle Parque
Que dépend mon destin et le fil de mes jours.
 



Commentaire (s)
Déposé par Jadis le 24 août 2021 à 13h17


La Dame avait filé
------------------------

Ô divin Apollon, viens accorder ma lyre !
Illustre Phidias, prête-moi ton ciseau,
Que je grave les traits de la fière Isabeau
Pour qui tant de mortels avant moi se perdirent.

Mon cœur bat à grands coups, je souffre le martyre,
Le désir me talonne et me monte au cerveau ;
J’arrive, époumonné, d’Ecbatane à vélo,
Pour lui rapporter l’or, et l’encens, et la myrrhe.
 
Elle pourrait au moins saluer mon exploit
Ou me remercier, mais son œil reste froid,
Guère plus chaleureux que n’est un cristal d’Arques.
 
Je m’étais efforcé d’honorer le rambour ;
Mais déjà — brusquement, je m’en fis la remarque,
La Dame avait filé sans clairon ni tambour.

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Déposé par Cochonfucius le 24 novembre 2022 à 11h34

Dame des grands chemins
------------------

L’Amazone parcourt les routes de l’Empire,
Observant les couleurs de la terre et des eaux ;
Son brave palefroi sait que ce monde est beau,
Il est émerveillé, mais il ne peut le dire.

Elle ne compte plus les splendeurs qu’elle admire,
Que ce soit dans l’automne ou dans le renouveau ;
Choisissant pour dormir de modestes hameaux,
Elle s’y trouve mieux qu’avec de nobles sires.
 
Elle a de bons copains chez les hommes des bois,
Elle chante pour eux, aux heures où l’on boit ;
Vers un autre univers sa chanson les embarque.
 
Sachant que le bonheur ne dure pas toujours,
Elle attend calmement le verdict de la Parque,
Blottie entre les bras d’un heureux troubadour.

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Déposé par Cochonfucius le 25 novembre 2022 à 09h24

Ne pas confondre

Une Dame Qui Filait

avec

Une Femme Qui Dealait.

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Déposé par Cochonfucius le 19 avril 2023 à 21h26

Dame du délire
--------

Reine d’un fumeux empire,
Déroutants sont tes réseaux !
Tu as pour sceptre un roseau,
Tu aurais pu trouver pire.
.
Je m’étonne et je t’admire,
Tes jeux sont toujours nouveaux ;
Si j’atteignais ton niveau,
Je serais un noble sire.

En ton bon vouloir j’ai foi,
Donc, à ta santé je bois ;
Sur ton vaisseau je m’embarque.

C’est peut-être pour toujours,
Selon ce que veut la Parque ;
C’est une fée sans humour.

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Déposé par Cochonfucius le 20 avril 2023 à 11h31

La Parque, elle aussi, est une filandière.

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Déposé par Cochonfucius le 21 avril 2023 à 11h33

« Maintenant, — sur le seuil d’une pauvre chaumière,
Une femme, du pied agitant un berceau,
Sans se douter qu’elle est la Parque filandière,
Allonge entre ses doigts l’étoupe d’un fuseau. »

Voir

http://www.paradis-des-albatros.fr/?poeme=gautier/stances

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Déposé par Cochonfucius le 15 octobre 2023 à 11h43

La reine Aragne
---------------

Ce beau jardin, c’est mon empire,
J’y tisse d’élégants réseaux ;
Le vent fait danser les roseaux,
Je me balance et je respire.

Ici personne ne m’admire,
Qu’importe, ce n’est pas nouveau ;
Je n’ai pas besoin de dévots,
Car ceux-là sont de tristes sires.

Des insectes sans foi ni loi
Font, en ce lieu, je ne sais quoi ;
Un papillon se croit monarque.

Presque tous achèvent leurs jours
Dans mes pièges, je suis leur Parque :
Ainsi finissent leurs amours.

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