Armand Silvestre

Le Pays des Roses, 1882


Sur un album


 
Le temps emporte d’un coup d’aile
Et, sans les compter, nos instants ;
Seuls, une heure, de temps en temps,
Nous laisse un doux souvenir d’elle.
 
Chaque jour, dans le cœur fidèle,
Fait revivre ses traits flottants,
Comme on revoit chaque printemps
Fleurir les tombes d’asphodèle.
 
Il suffit souvent d’une main
Qui se tend sur votre chemin
Et vous quitte à peine pressée ;
 
Il suffit de moins quelquefois,
D’un regard ou d’un son de voix,
Pour charmer longtemps la pensée.
 

Lille, 27 novembre 1881.

Commentaire (s)
Déposé par Christian le 28 novembre 2012 à 22h16

       (Lu sur l’album d’un amant sylvestre)

Cet ange avait le sûr coup d’aile
et le coup d’oeil en ces instants.
Un ange c’était du vieux temps
dans un boudoir seul connu d’elle.

Je ne lui fus guère fidèle
mais si à ses cheveux flottants
qui auraient cueilli d’un printemps
leurs odeurs d’ouce et d’asphodèle.

Elle suggéra d’une main
mes futurs pas sur le chemin
mais sans se montrer si pressée.

Je repense à nous deux parfois
quand revoit mon songe sa voix,
voie heureuse de la pensée.

[Lien vers ce commentaire]

Déposé par Cochonfucius le 14 mars 2015 à 17h00

Coq de parade
------------------

Je suis le grand coq d’or, aux fiers battements d’aile.
Je parcours mes États sur un boeuf bien portant,
Aimé des animaux dont je suis le sultan,
Le maître, l’empereur et le soldat fidèle.

Chaque poule, au printemps, me veut bien proche d’elle ;
Je ne refuse pas ce service important.
Mon oeil voit la suivante, au lointain, qui attend ;
Au-dessus de la cour dansent les hirondelles.

Tel un triomphateur du peuple des Romains,
Sur mon boeuf engraissé je suis le grand chemin
Au rythme de sa marche, il est vrai, peu pressée.

Au hasard du trajet, j’annonce à pleine voix
Que le printemps viendra sur la plaine et les bois ;
Et les astres du ciel saluent cette pensée.

[Lien vers ce commentaire]

Déposé par Cochonfucius le 12 février 2021 à 13h36

Saint Polygraphe
----------

Je suis un plumitif, ma muse est pourvue d’ailes,
Je travaille beaucoup, car je suis bien portant ;
Mon âme est enthousiaste, et modeste pourtant,
À mes instituteurs je suis resté fidèle.

Aphrodite, jadis, me tenait proche d’elle,
Moi qui pour la servir étais toujours partant ;
Déesse à qui je dois ces plaisirs exaltants,
Tu m’offres le printemps, comme fait l’hirondelle.

J’écoute aussi la voix de l’évêque romain
Qui de la droite vie nous montre le chemin ;
J’aime bien ce qu’il dit, sa parole est sensée.

Mais pour mieux m’inspirer j’écoute d’autres voix,
Celles de la dryade et du faune des bois
Dont les chants immortels nourrissent ma pensée.

[Lien vers ce commentaire]

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