Jules Tellier


Princes de la jeunesse


    Ore ad oscula parato.
Eutrope.


Hélas ! la Pitié pleure et lève au ciel les mains.
Dans ce gouffre effrayant des despotes romains,
Quel que soit le coupable ou le fou dont il naisse,
Ce doux César enfant, prince de la jeunesse,
Ce tyran gracieux à qui nous pardonnons,
Il reparaît sans cesse ; il est sous tous les noms,
Philippe, Herennius, Géta, Diadumène,
Le complice innocent dans la bande inhumaine.
Il ne sait pas comment il règne ; il ne sait pas
Pourquoi les gens en foule accourent sur ses pas ;
Il sourit, tout joyeux à voir comme on le fête,
Et puis, tout change : un soir, arrive la défaite ;
Les durs prétoriens ne sont point apaisés
Par ces lèvres d’enfant faites pour les baisers ;
Un nouveau prince est là qui commande : il est juste
Qu’on frappe le César, ayant frappé l’Auguste ;
On le cherche, on l’entoure en poussant de grands cris,
Et le doux enfant meurt avant d’avoir compris ;
Mais sa tête qu’on pique au bout de quelque lance
Est si belle parfois qu’on l’admire en silence ;
Et l’on dit que certains parmi ces jeunes morts
Ont excité l’amour à défaut du remords,
— Tant ils restaient charmants dans leur pâleur qui navre !
Et que l’on entendit, quand le double cadavre
À la fois fut porté dans le même chemin
Du jeune et doux Maxime et du vieux Maximin,
Même en ce vil troupeau qui rampe et qui se vautre,
Autant de pleurs sur l’un que de rires sur l’autre !
 
Cette douleur fut juste au seuil de ce tombeau !
Ce sont des pleurs sacrés qu’on verse sur le beau.
Être beau, c’est le don suprême, c’est sur terre
L’unique droit divin dans l’éternel mystère,
Et toutes les vertus ne sont rien à côté
De ce rayon d’en haut qu’on nomme la beauté.
Dès que le beau paraît, mon âme est attendrie :
Qui que tu sois qu’il a marqué, tête chérie,
Paye-nous nos bienfaits en caprices ingrats,
Et fais, ô bel enfant, tout ce que tu voudras !
Pour que l’âme d’un bel éphèbe en soit ravie,
Je voudrais enlever ses peines à la vie.
Nous acceptons l’épreuve et ses pleurs douloureux,
Mais la sainte beauté n’est pas faite pour eux ;
La mort en y touchant commet un sacrilège.
Vous qui pleuriez à voir unir en ce cortège
Celui qui fait pitié, celui qui fait horreur,
Et le César enfant près du père empereur,
Vos pleurs étaient sacrés et j’y mêle mes larmes.
La beauté nous séduit par d’invincibles charmes,
Et je plains ces Césars si beaux, et plus qu’eux tous
Ce Philippe l’Arabe au regard triste et doux,
Aux yeux d’Oriental intelligent et grave,
Qui n’avait pas encor douze ans quand un esclave
À son tour l’égorgea sans qu’il poussât un cri,
Qui savait tout d’avance, et n’a jamais souri.....
 

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