André Theuriet

Les Voix du Printemps, 1860


Amoroso


 
Je la rencontre à la même heure,
Seule, sur le pont, chaque jour.
Elle regagne sa demeure
Au bord de l’eau, dans le faubourg.
 
Elle a vingt ans au plus, sa mise
Est simple, mais charmante à voir :
Sur les plis de sa robe grise
Tombe une mante de drap noir ;
 
Son bonnet, dont le vent chiffonne
Les ruches aux tuyaux roulés,
Découvre une oreille mignonne
Et d’épais cheveux crêpelés.
 
Elle est petite, maigre et brune ;
Sous de longs cils, son regard luit,
Comme un féerique clair de lune,
Parmi les vapeurs de la nuit.
 
Sa bouche vermeille et charnue
Prend une étrange expression
De désir et de retenue,
D’ironie et de passion.
 
Les contours de son sein pudique
Et sa joue aux tons veloutés
Dans le pur marbre pentélique
Semblent avoir été sculptés.
 
Près des types de la Touraine,
Son air, son profil gracieux
De médaille syracusaine
Font un contraste merveilleux.
 
Vient-elle des îles qu’arrose
La mer de Grèce aux tièdes eaux,
Ou, plante rare, est-elle éclose
Dans les doux vergers tourangeaux ?...
 
Je ne sais. Elle est ouvrière ;
Sur cette place, chaque soir,
Elle passe, sauvage et fière,
En revenant de son ouvroir.
 
Je la contemple et je l’admire,
Mon cœur la désire tout bas ;
Je la suis de loin sans rien dire,
Elle ne me voit même pas...
 
Puis, comme un écolier timide,
Je reviens par les quais déserts.
La nuit resplendit.
                                  Mon cœur vide
Se gonfle de regrets amers.
 
Et les étoiles qui tressaillent
Et semblent se chercher toujours,
Les claires étoiles se raillent
De mes platoniques amours.
 

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