André Theuriet


Les Paysans


 
Vêtus de la veste et des braies,
Coiffés du grand feutre breton,
Ils défilent au bord des haies,
Les jours de foire ou de pardon.
Mentons ras, longues chevelures,
Maigres et le regard pensif,
Ils vont, — et l’on songe aux figures
Naïves de l’art primitif.
 
L’étranger craint leurs airs sauvages.
Pour l’éloigner de leurs chemins,
Hommes des terres, gens des plages,
Clercs, laïcs se donnent les mains.
Ainsi leurs bœufs parmi la lande
Mettent en cercle leurs fronts roux,
La nuit, pour menacer la bande
Affamée et fauve des loups.
 
L’étranger, c’est le trouble-joie ;
Dès qu’il entre dans le courtil,
L’enfant s’enfuit, le chien aboie,
Tout le logis semble en péril...
Mais les hommes des Cornouailles,
Pour chasser l’hôte redouté,
Dressent contre lui deux murailles :
— Leur langage et leur pauvreté.
 
Sur les routes, quand ma pensée
À leurs rêves veut se mêler,
Elle s’en revient repoussée
Sans pitié par leur dur parler.
Leur âme est comme un sanctuaire
Au pied des grands dolmens couché ;
Le flambeau muet qui l’éclairé
À tout œil profane est caché.
 
Rude est l’accueil, âpre est la bouche,
Mais les cœurs ne sont pas méchants.
Ce peuple, avec son air farouche,
Est pareil aux ajoncs des champs :
Si la tige est pleine d’épines,
La grâce imprègne les fleurs d’or ;
Sous vos haillons et vos ruines,
Bretons, l’Idéal chante encor.
 
Aussi je t’aime, race forte !
Et je me dis en t’admirant :
« La Gaule entière n’est pas morte
Sous l’éperon vainqueur du Franc ;
Dans ces jeunes gars aux corps sveltes,
Dans ces vieillards aux longs cheveux,
Bouillonne encor le sang des Celtes... »
— Et mon cœur s’élance vers eux.
 

Commentaire (s)
Votre commentaire :
Nom : *
eMail : * *
Site Web :
Commentaire * :
pèRE des miséRablEs : *
* Information requise.   * Cette adresse ne sera pas publiée.
 


Agora

Évаluations récеntes
☆ ☆ ☆ ☆ ☆

Viаu : «Τоn оrguеil pеut durеr аu plus dеuх оu trоis аns...»

Vаn Lеrbеrghе : Lа Βаrquе d’оr

☆ ☆ ☆ ☆

Lесоntе dе Lislе : «Ρlus dе nеigеs аuх prés. Lа nуmphе nuе еt bеllе...»

Viаu : «Τоn оrguеil pеut durеr аu plus dеuх оu trоis аns...»

Cоmmеntaires récеnts

De Frаnçоis С. sur «Lе viеrgе, lе vivасе еt lе bеl аuјоurd’hui...» (Μаllаrmé)

De nе mbоmа sur Αprès lа сlаssе (Hаrdу)

De Jасquеs Rоubаud sur «Οn m’а mis аu соllègе (оh ! lеs pаrеnts, с’еst lâсhе !)...» (Νоuvеаu)

De Сеltоmаniаquе sur «Lе miсrоbе : Βоtulinus...» (Τоulеt)

De Stеphеn Βiеnаrmé sur Lе Τоmbеаu dе Сhаrlеs Βаudеlаirе (Μаllаrmé)

De Jаdis sur «Lе сhеmin qui mènе аuх étоilеs...» (Αpоllinаirе)

De Ρаul-Jеаn sur Βаllаdе [dеs dаmеs du tеmps јаdis] (Villоn)

De X. sur Splееn : «Τоut m’еnnuiе аuјоurd’hui. J’éсаrtе mоn ridеаu...» (Lаfоrguе)

De Lа Μusérаntе sur Αu Саrdinаl Μаzаrin, sur lа Соmédiе dеs mасhinеs (Vоiturе)

De Vinсеnt sur Lа Ρrеmièrе Νuit (Lаfоrguе)

De Сurаrе- sur Lе Μаrtin-pêсhеur (Rеnаrd)

De Сurаrе- sur Sоnnеt sur dеs mоts qui n’оnt pоint dе rimе (Sаint-Αmаnt)

De Liоnеl sur Sоnnеt bоuts-rimés (Gаutiеr)

De Сосhоnfuсius sur À prоpоs d’un « сеntеnаirе » dе Саldеrоn (Vеrlаinе)

De Сосhоnfuсius sur «J’аimе l’аubе аuх piеds nus...» (Sаmаin)

De Сосhоnfuсius sur «Quеl hеur, Αnсhisе, à tоi, quаnd Vénus sur lеs bоrds...» (Jоdеllе)

De Sullу sur «Quаnd је pоuvаis mе plаindrе еn l’аmоurеuх tоurmеnt...» (Dеspоrtеs)

De Jаdis sur Sоnnеt : «Vеnt d’été, tu fаis lеs fеmmеs plus bеllеs...» (Сrоs)

De Jаdis sur Саusеriе (Βаudеlаirе)

De GΑRΟUX Сhristiаnе sur Virgilе (Βrizеuх)

De Rigаult sur Lеs Hirоndеllеs (Εsquirоs)

Plus de commentaires...

Flux RSS...

Ce site

Présеntаtion

Acсuеil

À prоpos

Cоntact

Signaler une errеur

Un pеtit mоt ?

Sоutien

Fаirе un dоn

Librairiе pоétique en lignе

 



Photo d'après : Hans Stieglitz