Heredia

Les Trophées, 1893


Les Conquérants


 
Comme un vol de gerfauts hors du charnier natal,
Fatigués de porter leurs misères hautaines,
De Palos de Moguer, routiers et capitaines
Partaient, ivres d’un rêve héroïque et brutal.
 
Ils allaient conquérir le fabuleux métal
Que Cipango mûrit dans ses mines lointaines,
Et les vents alizés inclinaient leurs antennes
Aux bords mystérieux du monde Occidental.
 
Chaque soir, espérant des lendemains épiques,
L’azur phosphorescent de la mer des Tropiques
Enchantait leur sommeil d’un mirage doré ;
 
Ou penchés à l’avant des blanches caravelles,
Ils regardaient monter en un ciel ignoré
Du fond de l’Océan des étoiles nouvelles.
 

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 31 juillet 2013 à 11h17

Un jour je reverrai mon village natal,
Le beffroi musical, l’église un peu hautaine,
Les bateaux sur le lac et leurs doux capitaines,
Et la brise du soir qui n’a rien de brutal.

De nouveaux bâtiments de verre et de métal
Occupent à présent cette terre lointaine,
Arborant fièrement une enseigne, une antenne,
Et les riches couleurs du monde occidental.

Devrai-je alors partir, de façon plus épique,
Vers un village vierge, aux abords d’un tropique ?
Je ne me crois point fait pour cet exil doré.

L’aurais-je été, par contre, au temps des caravelles ?
Ces lointains, j’aurais pu, je crois, les ignorer :
La terre familière est pour moi la plus belle.

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Déposé par Christian le 1er février 2015 à 11h02

-- Conquistadors --

Vautour au vol soudain surgi du sol fatal,
Las d’avoir à souffrir la cargaison d’Adam,
Du Palais du Hoggar, marin, coq, capitan,
Chacun, fort saoul, briguait l’horizon plus brutal...

Chacun, oui !, pour sa part avoir dans l’or total
Mûri par Cipango dans son lointain volcan,
Pris par un courant chaud, filait voir l’Afrikan
Aux abords mystifiants du Cap ou du Natal.

Là, grand soir d’un futur fulgurant d’asticots,
L’azur faux dans du sang sur forts flots tropicaux
Saupoudrait d’illusions la nuit mutinant l’air...

Là, pantins à l’avant d’un blanc kayak à nu,
Nous admirions montant pour un paradis clair,
Du tourbillon profond, un cosmos inconnu.

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Déposé par Cochonfucius le 2 février 2015 à 10h10

Bourg natif
---------------

Un jour mon pas ira dans mon pays natal,
À la tour sonnant clair, au grand palais hautain,
Tant de bacs sur un lac aux marins non mutins,
Puis un autan du soir, ni trop fort, ni brutal.

D’originaux buildings d’aluminium fatal
Sont aujourd’hui construits au pays si lointain,
Arborant un fanal ou un miroir sans tain,
Plus l’abondant fatras du puissant capital.

Faut-il alors partir aux coins inamicaux,
Dans un trou sans intrus, aux abords tropicaux ?
Nul attrait n’a pour moi un ban, fût-il brillant ;

Aucun goût pour partir sur un rafiot caduc :
Un horizon distant, au lointain fourmillant,
N’aura pas mon amour, ainsi qu’a dit Saint Luc.

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Déposé par tizef le 20 mars 2015 à 05h45


Comme un vol de frelons hors du pays natal,
Fatigués de glander au pied des hachélèmes,
De Lunel, de Sydney, des gamins à problèmes
Partaient, ivres d’un rêve héroïque et brutal.

Sur le Web, le djihad paraissait idéal
Et l’Orient offrir des délices suprêmes.
Ils seraient des guerriers, scandant des anathèmes
Envers les mécréants du monde Occidental.

Chaque soir, espérant des lendemains épiques,
Ils brûlaient de trancher les gorges hérétiques
Des ennemis d’Allah, Yézidis ou Croisés.

Bouillonnant de sortir dans les cieux leurs flamberges,
Ils fantasmaient déjà, même les plus blasés,
Sur le prix convenu :  soixante-douze vierges.

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Déposé par pich24 le 6 avril 2016 à 13h52

COMME  UN  VOL  D’ORTOLANS …
Pastiche sans glaçon. Avec l’aimable autorisation de José Maria de Hérédia (enfin j’espère).

Comme un vol d’ortolans hors du pays Natal
Lassés des fusilleurs aux rafales hautaines,
Sous des azurs perlés, d’au long cours capitaines
S’en allaient en zéphyr vers un Notos brutal.

Ils partaient chevaucher des vagues de métal
Que Neptune forgeait en crevasses lointaines,
Fuyant l’Onde barbare et ses forêts d’antennes
Qu’idolâtraient les Rois de l’Homoccidental.

Chaque jour dans le ciel de ces routes épiques,
Les rayons enivrants du soleil des Tropiques
Les embrasaient d’espoir au goût de pain doré ;

Alors que les Moutons sur d’autres caravelles,
Auraient toute leur vie à jamais ignoré
Des Astres et des Dieux les dernières nouvelles.

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Déposé par Cochonfucius le 10 juillet 2018 à 12h16

Ambiphant rose
--------------------

Il a presque oublié son continent natal ;
Si son allure est noble, elle n’est pas hautaine,
Il n’est qu’un animal et pas un capitaine.
C’est un ambiphant rose, il n’a rien de brutal.

Une froide prison de verre et de métal
Lui sert de domicile en la terre lointaine,
Avec des visiteurs qui viennent par centaines,
Citoyens désoeuvrés du monde occidental.

Aurais-tu donc rêvé d’une vie plus épique,
Dans une forêt vierge, aux abords d’un tropique ?
Car tu n’étais point fait pour cet exil doré.

Peter Pan, s’il survient avec sa caravelle,
Te fera retrouver ton terroir adoré ;
La fuite dans un rêve est toujours la plus belle.

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Déposé par POETISIA le 30 août 2018 à 22h30

de superbes bouts rimés sur le poéme de Hérédia
et de beaux pastiches , bravo à tous , les alexandrins sont respectés !
je viens d’en lire un pastiche sur un autre forum où  c’est un massacre total des beaux vers de Hérédia , vous me réconciliez avec le pastiche !

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Déposé par ric(h)ard le 31 août 2018 à 15h33

mon préféré c’est le Pastiche 51

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Déposé par Jadis le 12 août 2019 à 17h30

Les Risque-tout
(lipogramme en a)

Comme un vol de pinsons que leur nid horripile,
Etouffés sous l’impôt, dégoûtés des huissiers,
De Dieppe, de Lorient, mousses et officiers
S’en vont, ivres d’un rêve héroïque et viril.

Ils veulent conquérir les pépites célestes
Que le Nippon mûrit en ses mines, bien loin,
Et le vent qui les berce, ou produit du tintouin,
Les emmène doubler les méridiens d’Ouest.

Si le soir leur promet des jours futurs épiques,
Le bleu phosphorescent des houles des Tropiques
Eblouit leur sommeil d’un trompe-l’oeil doré ;

Ou, lorsque les relents du whisky se dissipent,
Sur les lourds pétroliers qui vont, décolorés,
Ils se penchent très fort, et vomissent leurs tripes.

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Déposé par Cochonfucius le 17 mars 2023 à 11h27

Village qui flotte
--------

Loin de leur rivage natal,
Ils suivent leur route incertaine ;
Aucun d’entre eux n’est capitaine,
Ce manque n’est pas capital.

La nef de pierre et de métal
Vogue vers des terres lointaines ;
Or, les sirènes, par centaines,
Saluent ce monstre occidental.

La vie à bord n’a rien d’épique,
Même dans l’air chaud des tropiques ;
Nul n’y fait de rêves dorés.

Comme sur une caravelle,
Des pavillons sont arborés,
Symboles d’une ère nouvelle.

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Déposé par Tristan Bernard le 23 juin 2024 à 11h54

Comme un troupeau docile au Maître Capital,
Du palais de Bourbon, proche la Madeleine,
Ceusses de la Montagne et ceusses de la Plaine
S’en venaient, attirés, vers le guichet fatal.

Ils venaient pour palper l’avantageux métal
Accru depuis longtemps au fond des bas de laine.
Puis leur rut obstiné vidait leur poche pleine
Aux nids luxurieux du monde horizontal.

Le vin, qui ruisselait des mains des courtisanes
Leur faisait entrevoir les deux mers océanes
Heurtant à des flots d’or les flots céruléens.

Mais voici qu’inclément l’Avenir se révèle ;
Et bientôt, transportés aux frais des citoyens,
Ils verront resplendir tes étoiles, Nouvelle !

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Déposé par Jadis le 14 juillet 2024 à 22h36


Comme un pauvre glandu, dans le trafic brutal,
J’avais fait le détour, Sacré Cœur, rue d’Athènes,
Pour débarquer enfin à la Samaritaine :
Bref, c’était la pagaille et le merdier total.

Tandis que je croquais un morceau d’emmental,
Ayant garé ma tire auprès d’une fontaine,
Voilà que vient vers moi un vieux croquemitaine,
Carnet, sifflet, képi, ceinturon et futal.

Monsieur, qu’il pontifie, c’est les Jeux Olympiques :
Admirez, je vous prie, c’projet philanthropique
Que la Mairie d’ Paris nous a élaboré.

Pauvre cogne abruti, argousin sans cervelle !
Au lieu de l’écouter plus longtemps pérorer,
Je lui cassai la tête à coups de manivelle.

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